Atlas Halieutique
UEMOA , Atlas de l'enquête cadre de la pêche maritime artisanale    

Sénégal

Thématique Economie - Filière pêche


Sources : Oumar Fadiaba
Cette thématique aborde les aspects économiques liés à la pratique de l’activité de pêche tels que les coûts de production, les différentes sources de revenus du pêcheur par rang d’importance, les différents postes de dépenses, les différentes utilisations des captures et autres.

1- Caractéristiques des coûts liés aux moyens de production

Prix d'achat moyen et longueur moyenne des différents types d'unités de pêche


[2016-11-15]


La pêche est pratiquée essentiellement par cinq types de pirogues dont les coûts d’acquisition varient en fonction de la taille (fig N°33). Les pirogues à fibre de verre ont un prix d’achat moyen plus élevé que les autres types de pirogues à cause de leur robustesse, du coût de construction et de la matière première utilisée. Les pirogues monoxyles simples ont un prix d’achat moyen moins élevé que les autres pirogues. Il faut signaler que ces pirogues de petite taille (6 mètres) sont creusées dans un tronc d’arbre unique et ne nécessitent pas d’aménagement supplémentaire. La longueur moyenne des pirogues à membrure est plus importante que celle des autres types de pirogues. Il s’agit de grandes pirogues dont la longueur varie entre 12 et 25 mètres.

L’engin de pêche dont le coût moyen est le plus élevé est la senne tournante. Ce coût dépasse toujours les 3 000 000 FCFA et il atteint même plus de 8 000 000 FCFA du fait de la taille dans la région de Saint Louis. Le coût d’acquisition des filets maillants (en tant qu’engin principal) est souvent de l’ordre du million de FCFA ou un peu plus, avec des maxima à un million et demi de FCFA dans les régions du Nord (Saint-Louis et Louga). A Fatick et à Thiès, les casier/nasse/pot/barrage ont un cout d’acquisition moyen qui est un peu supérieur à 400 000 FCFA.

L’existence de filet soulevé à Kaolack proviendrait d’une confusion avec l’épervier très utilisé dans cette région.

Pour l'engin principal

Prix moyen d'achat filets


[2016-11-15]

Prix moyen autres engins


[2016-11-15]



Dépenses moyennes par sortie pour la pêche (Pêcheurs de jour)


[2016-11-15]


Pour toutes les régions, le poste carburant est de loin le plus important parmi les postes de dépenses par sortie (plus de 20 000 FCFA). Cela s’explique notamment par les zones de pêche de plus en plus éloignées à cause de la raréfaction des ressources et l’augmentation du prix du carburant. La consommation moyenne de carburant est plus importante à Saint-Louis du fait de l’importance relative des unités de pêche utilisant la senne tournante.

Les autres postes sont moins importants par rapport à celui du carburant parce qu’en pêche du jour, on utilise moins de glace et de nourriture.

Le carburant, la glace/sel et la nourriture, prédominent par ordre d’importance dans les postes de dépense au niveau de toutes les régions.

Le coût moyen de la dépense de carburant est sans doute corrélé à la puissance des moteurs et à la durée des marées, ce qui explique le maximum de coût (245 000 F CFA).

Dépenses moyennes par sortie pour la pêche (Pêcheurs de Marée)


[2016-11-15]


Conclusion sous thématique « Caractéristiques des coûts liés aux moyens de production»

Le prix des pirogues dépendant de la taille et du type de pirogue. Le coût d’acquisition des plus grandes pirogues est plus élevé que celui des petites pirogues. Les sennes tournantes et les sennes de plage utilisent des pirogues dont la taille varie entre 12 à 25 mètres. Elles sont, soit des pirogues à membrures ou des pirogues à planches qui ont des coûts moyens unitaires variant entre 1 400 000 à 1 900 000 FCFA.

Le poste carburant est la dépense la plus élevée, aussi bien pour la pêche du jour que pour la pêche de marée. Les dépenses en carburant de la pêche de marée étant plus élevées que les dépenses en carburant de la pêche du jour sauf dans la région de Saint-Louis en raison du déploiement des sennes. Pour diminuer les dépenses et réguler le marché, les pêcheurs adoptent des stratégies de pêche comme la rationalisation du nombre de pirogues en activité et le renoncement à l’accès aux zones de pêche trop éloignées.

2- Utilisations de la production

Mode de rémunération de l'équipage


[2016-11-15]


Le système traditionnel de rémunération de l’équipage à la part reste largement dominant (entre 60 et 100%) dans les différentes régions.

Toutefois, le système de rémunération en nature est relativement important dans les régions de Ziguinchor (16%) et Kaolack (19%). La situation à Kaolack se caractérise par une pêche de subsistance assez importante. Pour le cas de Ziguinchor, on retrouve souvent des membres d’une même famille au sein des équipages d’une même pirogue.

A Ziguinchor, à Kaolack et à Dakar, le système de rémunération à salaire fixe et part variable est présent dans ces régions. Il est utilisé pour inciter les membres de l’équipage à être performants tout en restant fidèles à l’embarcation.

La plus grande partie des captures est vendue en frais (entre 60% et 82%) dans toutes les régions. À Ziguinchor, la part des captures destinée à la transformation artisanale est importante (environ 30%). En effet, la situation dans cette région s’explique par l’importance des élasmobranches (raies et requins) dans les captures débarquées. Ces captures sont réalisées par les pêcheurs ghanéens qui sont installés sur certains sites (Mbour et Ziguinchor). Leur activité principale consiste à la capture des requins en particulier. Ces produits sont transformés et exportés vers le Ghana. Les pertes post captures sont présentes dans toutes les régions avec une importance notoire dans les régions de Dakar (5,2%) et Saint-Louis (2,9%) compte tenu de la faiblesse des capacités de conservation des produits frais, des excès ponctuels de la production de petits pélagiques notamment des sardinelles. Le phénomène peut être exacerbé par les débarquements de nuit et en des endroits non contrôlés.

Pourcentage moyens des utilisations du poisson capturé


[2016-11-15]




Le niveau de l’autoconsommation est assez important à Kaolack. En effet, cette région, qui ne représente qu’une production marginale par rapport à la production nationale, voit quasiment toute sa production destinée soit à la consommation locale soit à l’autoconsommation, à l’exception des crustacés qui peuvent être écoulés vers d’autres régions.

Chiffre d'affaire moyen déclaré par sortie
pour l'engin principal


[2016-11-15]


Chiffre d'affaire moyen déclaré par sortie
pour l'engin principal


[2016-11-15]


Le chiffre d’affaires dépasse 200 000 FCFA par sortie dans les régions de Dakar, Thiès et Saint-Louis où il atteint un pic de 370 000 FCFA par sortie. Il se situe au-dessus de 150 000 FCFA à Ziguinchor et ne dépasse pas 67 000 FCFA pour les régions de Louga, Fatick et Kaolack qui enregistre le plus faible chiffre d’affaires pour les sorties de l’engin principal. Les résultats de l’enquête cadre montrent que de façon générale, la senne tournante réalise les chiffres d’affaires par sortie les plus importants. Cette situation est liée à la quantité des captures obtenues par cet engin. A Saint-Louis, on peut assez facilement déduire que le prix des petits pélagiques au débarquement est de 100 F CFA environ (soit une vente de 1 million de F CFA pour 10 000 kg débarqués en moyenne).

Conclusion sous -thématique

Le chiffre d’affaires moyen réalisé par les sennes tournantes est relativement important. Rappelons que cet engin vise principalement les espèces pélagiques. Leur nombre est important dans les régions de Saint-Louis et Thiès et explique en partie le niveau élevé de revenus dans ces localités.

L’importance du chiffre d’affaires déclaré par sortie par les sennes tournantes semble être assurée par l’effet quantité des petits pélagiques débarqués. Depuis un certain temps, on remarque en plus une certaine augmentation du prix moyen des sardinelles dans les statistiques officielles. La commercialisation des produits ainsi que la transformation des produits de la pêche constituent des maillons très importants du secteur de la pêche. En 2014, 176 939 tonnes de poissons ont été vendus sur le marché national (source DPM). Ces quantités proviennent essentiellement de la pêche artisanale maritime. Toutefois, dans certaines régions du Sénégal, notamment à Ziguinchor et Fatick, le développement de la commercialisation fait face à des problèmes d’enclavement et de manque d’infrastructures.

Quant à la transformation artisanale des produits de la pêche, elle remplit une fonction sociale très importante car étant pratiquée par un grand nombre de femmes. La transformation contribue beaucoup à la valorisation des produits.

Importance de la commercialisation et la transformation sur les sites de débarquement

Nombre d'opérateurs
qui viennent sur les sites
prendre du poisson frais


[2016-11-15]


Sources : Oumar Fadiaba
De façon globale, les transformateurs (trices) sont les opérateurs qui viennent le plus acheter les produits frais dans les sites. Ce nombre est plus important à Fatick (2 781), Thiès (1 832), Ziguinchor (1 639) et Dakar (1 362). La région de Fatick compte le plus grand nombre de mareyeurs (677) qui viennent s’approvisionner, ensuite viennent Saint-Louis, Dakar, Thiès. Le nombre d’acheteurs pour les usines est élevé à Dakar (193) et Thiès (100) où se regroupent l’essentiel des industries d’exportation de produit s halieutiques.

Le nombre d’expédition par camion est plus important pour les régions de Thiès, Saint-Louis et Dakar. Cela peut être expliqué par l’importance de la pêche de petits pélagiques par les sennes tournantes dans ces régions. La charrette est utilisée exclusivement à Kaolack pour acheminer les produits. En cas de forte production dans les régions de Dakar et Thiès, les charrettes sont utilisées pour effectuer le transport entre les quais de débarquement et les sites de transformation et même dans les quartiers.

Le nombre d’expéditions est plus important pour la région de Thiès où le taxi est le moyen de transport le plus utilisé. L’usage de la pirogue comme moyen de transport est important à Fatick et à Ziguinchor qui sont des zones insulaires.

Pour Ziguinchor, le moyen de transport par bateau, qui est important, n’a pas été pris en compte.

Pour les produits frais, nombre d'expéditions par semaine


[2016-11-15]

Pour la transformation, nombre d'expéditions par semaine


[2016-11-15]

Pourcentage de sites déclarant des types de produits transformés achetés par des commerçants


[2016-11-15]


Il se dégage deux catégories de régions productrices de produits transformés. La première catégorie (Dakar, Fatick, Saint Louis et Thiès) élabore tous les types de produits transformés et la seconde seulement une variété limitée de transformés. Dans les régions de Louga, Thiès et Saint-Louis, le pourcentage de sites où des commerçants viennent acheter des produits transformés est considérable. Dans le cas particulier de Louga, tous les sites déclarent la présence des commerçants qui viennent acheter des produits fermentés séchés. Outre le fermenté-séché, la plupart des sites (plus de 70%) de Saint-Louis, Thiès et Louga accueillent des commerçants qui viennent acheter le salé séché. En revanche, moins de 15% des sites de Kaolack et de Ziguinchor déclarent être fréquentés par des commerçants acheteurs de produits transformés.

Conclusion sous thématique « importance de la commercialisation et de la transformation sur les sites de débarquement»

Une partie importante des opérateurs qui viennent s’approvisionner en produits frais dans les sites débarquements est composée de transformateurs (trices). Ces acteurs élaborent une gamme de produits transformés. Les régions de Dakar, Fatick, Saint-Louis et Thiès sont particulièrement concernées par cette diversification de produits transformés. L’utilisation des moyens de transport comme les camions pour expédier les produits frais et les taxis pour les produits transformés est une pratique très connue. Il arrive parfois que ces produits soient expédiés par des charrettes.

Environ 80% de ces produits transformés sont destinés à l’exportation vers l’Afrique (source DPM). A titre d’exemple, selon les résultats généraux des pêches maritimes de 2014, la quantité totale des produits transformés exportés vers l’Afrique est 28 699 tonnes pour une production totale de 45 612 tonnes. Le marché du Burkina absorbe près de 68% des exportations de produits transformés par le secteur artisanale. Cette situation est facilitée par des opérateurs économiques du Burkina qui ont des intermédiaires dans les ateliers de transformation.

En savoir plus

Citation :

Fiche Sénégal,

UEMOA (2014) : Atlas UEMOA des pêcheries maritimes artisanales de l'UEMOA. Programme régional de renforcement de la collecte des données statistiques des pêches dans les Etats membres - © 2015. http://atlas.statpeche-uemoa.org/atlas_ecpma/

Coordination générale : Maria Luisa Ferreira, Directeur des Ressources Animales et Halieutiques, Département de la Sécurité Alimentaire, de l’Agriculture,des Mines et de l’Environnement  ( DSAME), Diegane NDONG, Chargé des Ressources Halieutiques

Système d’information et équipe d’experts d’appui : Jérôme Guitton, Pierre Morand, Pierre Chavance, Carole Escaravage, Mohamed Soumah et Nolwenn Cozannet

Fiche expertisée par: