Atlas Halieutique
UEMOA , Atlas de l'enquête cadre de la pêche maritime artisanale    

Introduction

L'importance de la pêche dans la zone UEMOA

Exploitation et capacité de pêche

Les moyens de productions et les types d'activités de pêche

Commodités et services

Les facilités sur lesquels la filière peut s'appuyer

Economie et Filière pêche

Un investissement et des bénéfices !

Social et grouvernances

La perception du groupe pêcheurs artisans au sein de leur environnement

Social - communautés

Les pêcheurs et leur ménages, conditions de vie

Eléments de synthèses

Repositionner la pêche dans une environnement national et régional

Conclusions générales

Ce qu'il faut en retenir !



La pré-enquête s’est déroulée entre janvier et mars 2014 pour l’ensemble des Etats membres côtiers.

Travail de collecte des données La formation des enquêteurs puis la collecte des données a ensuite eu lieu entre juillet 2014 (pour la Côte d’Ivoire) et mai 2015 (pour le Togo).

Au total, 187 enquêteurs, 40 contrôleurs/superviseurs et 13 guides ont été formés pendant cette période afin de mener les enquêtes sur le terrain. La collecte des données s’est déroulée entre 10 jours et un mois en fonction des pays. Plusieurs enquêteurs travaillaient simultanément pendant cette période.

Les enquêteurs et superviseurs, regroupés en équipes, étaient répartis entre les différentes régions administratives, en fonction de l’importance des parcs piroguiers. En effet, certains sites ont nécessité parfois un nombre important d’enquêteurs comme au Togo où près du tiers des effectifs d’enquêteurs étaient affectés au port de pêche de Lomé.

Pour faciliter le travail sur le terrain, des campagnes de sensibilisation et d’information ont été menées par les Etats membres pour prévenir les professionnels et acteurs de la pêche.

Différents moyens ont été utilisés pour ce faire en contactant les responsable locaux et présidents d’associations, en diffusant des communiqués dans les radios communautaires ou encore grâce à la pose d’affiches.

Dans certains pays, comme le Sénégal, l’équipe s’est également appuyée sur les agents de terrain (notamment ceux du Centre de Recherche Océanographique de Dakar) qui disposent d’une très bonne connaissance et maitrise de leur zone d’intervention. D’autres pays ont choisi de former des enquêteurs dans chaque département et ont composé les équipes avec des experts de différents services (direction des pêches et direction de la statistique des ministères de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche). Quelques pays ont cependant rencontré des difficultés pour le passage de l’enquête en raison de plusieurs contraintes telles que les conditions climatiques, ayant rendu difficile l’accès de certains sites de débarquements en Côte d’Ivoire et en Guinée Bissau, ou la collaboration des pêcheurs qui, malgré les campagnes d’information, restaient parfois réticents aux questionnaires. Enfin, certaines fiches d’enquêtes ont été rendues illisibles ce qui a compliqué ensuite le travail de saisie dans la base de données.

Effort d'échantillonage


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Quantité de données collectées

Dans les 5 pays côtiers de l’UEMOA, 515 sites ont été recensés lors de la pré-enquête. 87 % d’entre eux ont été enquêtés, soit 450 sites, après l’élimination des petits sites de moins de 3 pirogues. Le Sénégal est le pays qui a supprimé le plus de sites (61 sites) entre la pré-enquête et le passage de l’enquête cadre. Il concentre néanmoins, avec la Guinée Bissau, plus de 60 % des sites de débarquements enquêtés au sein de l’UEMOA. A contrario, le Togo et le Benin avec une petite façade maritime ne concentrent à eux deux que 15 % des sites enquêtés.

Sur l’ensemble des sites de débarquements, 18 355 pirogues ont été listées lors de l’enquête. La majorité d’entre elles (72 %) sont recensées au Sénégal.

18 % des unités de pêche listées ont été enquêtées par l’enquête cadre, soit près de 3 350 unités de pêche. La part de pirogues enquêtées diffère en fonction des Etats membres en raison des différentes stratégies d’échantillonnage adoptées par les pays. Ainsi, 100 % des unités de pêche listées ont été enquêtées au Togo, 47 % au Bénin, 31 % en Côte d’Ivoire et en Guinée Bissau et 15 % au Sénégal.

Enfin, 92 597 pêcheurs maritimes ont été recensés dans la région de l’UEMOA lors de cette enquête cadre. Environ 4,3 % d’entre eux ont été enquêtés.

Exploitation et capacités de pêche

Retour Plan

1- Sites de débarquements et leur environnement

Nombre de sites par classe de taille du parc piroguier


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Importance relative de la taille des sites par pays


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Le parc piroguier maritime des 5 Etats membres de l’UEMOA disposant de façade maritime est basé dans 450 sites dédiés au débarquement des captures. Le Sénégal et la Guinée Bissau disposent du plus grand nombres de sites avec respectivement 143 et 132 sites suivis par la Côte d’Ivoire qui dispose quant à elle de 105 sites, le Bénin (47) puis le Togo (23).
La taille moyenne des sites en termes de nombre de pirogues qui y sont basées est assez différente selon les Etats avec les particularités suivantes :

En général l’accès par la mer est perçu comme étant sans contrainte majeure pour 8 sites de débarquement sur 10 à l’exception du Bénin et de la Côte d’Ivoire où pour 4 à 6 sites sur 10, il est signalé que l’accès à la mer est contraint par moment. Il faut savoir que dans ces deux pays du golfe de Guinée, la zone côtière, essentiellement sableuse, est concernée par le phénomène de barre côtière qui est un déferlement permanent et brutal de la longue houle atlantique. Ce phénomène peut être amplifié périodiquement quand il se combine au phénomène de marée et à des conditions climatiques passagères. Curieusement, le marnage qui est très important en Guinée Bissau et y atteint 5,50 m, n’y est pas jugé comme un facteur contraignant les activités de pêche dans ce pays. Phénomène régulier et prévisible, il semble totalement intégré aux activités de pêche.

L’accès des sites par la terre, quant à lui, est permanent pour l’ensemble des sites du Bénin et du Togo. En revanche près de 4 sites sur 10 en Guinée Bissau sont situés sur des îles et ne sont jamais accessibles par la terre et c’est aussi, mais de façon moindre, le cas du Sénégal (région de Fatick et de Ziguinchor) et de la Côte d’Ivoire (région du Sud Comoé). L’accès terrestre saisonnier aux sites de débarquement est aussi rencontré au Sénégal notamment dans la région de Kaolack et est lié à la crue/décrue des bras de mer. De la même façon, en Côte d’ivoire et en Guinée Bissau, il est souligné le caractère impraticable des pistes d’accès en périodes de pluie.

Accessibilité des sites par la mer


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Accessibilité des sites par la terre


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Au Bénin et en Côte d’Ivoire, en moyenne 8 sites sur 10 sont à la fois site de débarquements et site d’habitation. Au Togo en revanche, 8 sites sur 10 sont des débarcadères utilisés pour plusieurs sites d’habitation. Au Sénégal, la proportion est plutôt de 5 sites sur 10 confondus avec les sites d’habitation et en Guinée Bissau c’est plutôt 7 sur 10 mais dans ce pays ce taux semble très variable selon les régions (cf rapports nationaux).

Part des débarcadères confondus
avec les sites d'habitations


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Part des débarcadères
situés sur une île


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2- Embarcations et engins de pêche

Le parc piroguier total des 5 Etats membres maritimes de l’UEMOA est estimé à 18 355 pirogues (nombre de pirogues listées sur la base des enquêtes auprès des responsables de site de débarquement avec 100 % de couverture). Comme l’indique le tableau suivant, 72 % de ce parc est recensé au Sénégal (13 242 pirogues) suivi par la Guinée Bissau avec 13 % (2 407 pirogues), la Côte d’Ivoire avec 9 % (1 608 pirogues), le Bénin 4 % (728 pirogues) et enfin le Togo 2 % (370 pirogues). Le Sénégal constitue donc, et de très loin, le poids lourd de la pêche artisanale maritime de l’UEMOA en terme d’importance du parc piroguier mais comme nous le verrons tout au long de ce travail également pour de nombreuses autres dimensions de cette activité.

Ce parc piroguier peut être considéré comme majoritairement actif c'est-à-dire en capacité d’exercer des actions de pêche car le taux de pirogues inactives (pirogue n’ayant pas eu d’activité dans les 6 derniers mois selon les instructions d’enquête) est de une sur 100 pirogues seulement sur les réponses données par les responsables de sites de débarquement. En revanche, si l’on se réfère aux données issues des 3 949 unités de pêche enquêtées individuellement et dont les réponses peuvent être jugées davantage fiables, ce taux d’inactivité apparait en réalité plus élevé et indique que près de 6 pirogues sur 100 n’ont pas travaillé dans les 6 mois précédents l’enquête. Les unités de pêche semblent d’ailleurs rencontrer de plus grandes difficultés en Côte d’Ivoire (régions de Grands Ponts, San Pedro et Sud Comoé) et au Togo (région des Lacs) où ce taux d’inactivité est deux fois celui des autres pays et donc plutôt proche de 10%.

Nombre d'unités de pêche


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Taux d’inactivité
(Nombre de pirogues inactives dans les six derniers mois/ Nombre total de pirogues
ayant répondues à la question)


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Les types de pirogues et leurs caractéristiques

On peut distinguer au sein du parc piroguier 4 grands types d’embarcations :

Les photos de pirogues suivantes illustrent la similarité de conception
Photos de pirogues monoxyles améliorées en Côte d’Ivoire.
Source: Chavance, P.
de ces deux types de pirogues (base monoxyle rehaussée de planche). Noter la différence quant à l’importance relative de la base monoxyle et des planches avec une base monoxyle quasi complète pour les monoxyles améliorées et un support de moteur latéral et une quille et des planches dominantes pour les pirogues en planche avec un moteur (absent sur la photo) disposé sur un tableau tout à fait à l’arrière
Photos de pirogues en planches au Sénégal.
Source: Chavance, P.
Le tableau suivant indique que les pirogues les plus fréquentes sont les pirogues en planches (65 %) qui sont largement dominantes au Sénégal (85 %). Elles sont suivies par les pirogues monoxyles (17 %) très présentes en Guinée Bissau (75 %) et les monoxyles améliorées (12 %) prépondérantes, de façon croissante, en Côte d’Ivoire (63 %), au Bénin (70 %) et au Togo (98 %).

La figure suivante illustre le remplacement progressif du Nord au Sud des pirogues en planches (PLA) par les pirogues monoxyles améliorées (MOA) qui peut s’expliquer par la plus grande disponibilité de troncs d’arbre de grande taille au Sud en région forestière qu’au Nord dans le sahel. On notera également la forte proportion de petites pirogues monoxyles en Guinée Bissau.

Importance des types de pirogue par pays Nombre


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Importance des type d'unités de pêche utilisées


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Caractéristiques (Longueur, équipages, motorisation) des différents types de pirogue de pêche artisanale rencontrées selon les pays


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Les figures ci-dessus indiquent les caractéristiques de chacun des types de pirogues dans les différents pays. On retiendra les faits suivants :

Comme l’indique les figures ci dessous , dans tous les pays enquêtés, les pirogues ont en général moins de 20 années d’existence et ont donc été construites après 1996. Cette période s’approche vraisemblablement de la durée de vie maximum d’une pirogue en bois de pêche artisanale dans la région. Les Etats commencent à se différencier les uns des autres si l’on considère les pourcentages de parc ayant moins de 10 ou moins de 5 années. Ainsi, le Sénégal et la Guinée Bissau se démarquent par la jeunesse relative de leur parc alors que le Bénin dispose d’un parc piroguier qui semble se renouveler plus difficilement depuis les 5 à 10 dernières années.

Année de construction des unités de pêche


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Pourcentage de pirogues construites avant 5 (2010), 10 (2006) ou 20 (1996) ans respectivement dans les différents pays de l’UEMOA


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Part des unités de pêche motorisées


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Le taux de motorisation au niveau de l’UEMOA pour tous les types de pirogues confondus est de 78,4 % avec cependant des disparités entre pays assez fortes. Le pays le moins motorisé est la Guinée Bissau avec un taux de pirogues disposant de moteur de 22,5 % et le plus motorisé est le Sénégal avec un taux de motorisation de 90,5 % suivi de près par le Bénin avec 89,1 %. On notera aussi des disparités régionales internes aux pays illustrées par l’écart entre le taux de la région la moins motorisée et celui de la région la plus motorisée. Ces disparités sont très sensibles en Guinée Bissau entre la région de Tombali (1,2 %) où la motorisation est pratiquement absente et celle de Bissau (100 %) où toutes les unités sont équipées de moteurs. C’est aussi le cas au Sénégal de façon plus modéré cependant entre la région de Kaolack (37 %) et celle de Saint Louis (100 %). Bien entendu, le taux de motorisation est d’autant plus élevé que les pirogues sont grandes comme l’indique le tableau.


Stockage collectif des moteurs (40 cv) des pirogues monoxyles
améliorées (ghanéennes) au port de pêche de Lomé.
Source: Chavance, P.
Quand les pirogues sont motorisées, elles utilisent toujours des moteurs hors-bords qui peuvent être soit fixés sur des tableaux arrière ou latéraux ou bien dans des puits. La puissance des moteurs utilisés est assez homogène avec 60 % des moteurs se situant entre 10 et 20 cv. On trouve ensuite de façon significative les moteurs de 40-50 cv. Ces deux types de moteurs, de moyenne ou forte puissance, constituent donc l’équipement de près de 9 pirogues sur 10. Les plus grandes pirogues sont bien entendu celles requérant les plus fortes motorisations. On notera que les pirogues exerçant dans les pays du Golfe de Guinée utilisent davantage les moteurs standards de 25 et 40 cv (classe 20-30, 40-50) et que celles de la côte ouest-africaine préfèrent ceux de 15 cv (classe 10-20).

Taux de motorisation moyenne des pirogues au sein de l’UEMOA et pour chacun des pays avec indication du minimum et du maximum par région. La motorisation de 887 pirogues est inconnue.


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Nombre d'unités de pêche par
classe de puissance moteur


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Pourcentage d'unités de pêche par pays
et par classe de puissance moteur


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Type d'engin principal déclaré
(enquête unité de pêche)


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Type d'engin principal déclaré
par pays


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Comme l’indique la figure ci dessus et le tableau, une pirogue de pêche artisanale sur 2 utilise un filet maillant comme engin principal au niveau de l’ensemble des 5 pays maritimes de l’UEMOA. Cet engin constitue donc un engin très utilisé dans la sous-région. Cette proportion varie de façon modérée selon les pays. Elle est un peu plus forte au Bénin, en Côte d’Ivoire et en Guinée Bissau. Comme l’indique la figure détaillant les types de filets déclarés, les filets maillants calés de fond (FMCF) sont les plus courants au Togo et au Bénin et les filets maillants dérivants (FMD) en Guinée Bissau. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, ces deux types se rencontrent selon des fréquences assez proches. Les filets maillants encerclant (FME) quant à eux semblent plus rares et n’ont été déclarés qu’en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

Le deuxième type d’engin le plus utilisé est le groupe des lignes et des palangres qui sont utilisées comme engin principal sur près de 30 % des pirogues. Proportionnellement, cette catégorie d’engin est surtout importante au Sénégal. La répartition détaillée entre les lignes et les palangres selon les pays montre que ce sont les lignes qui sont uniquement utilisées au Bénin et au Togo et les palangres en Guinée Bissau. La Côte d’Ivoire et le Sénégal quant à eux utilisent les deux types d’engins de façon équilibrée avec une légère prévalence des palangres en Côte d’Ivoire.

Les sennes tournantes, quant à elles, représentent 8 % des engins principaux au niveau régional avec une importance relative forte dans les pays les plus au Sud comme le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire. Le Sénégal, compte tenu de l’importance de son parc, reste malgré tout le pays qui dispose du plus grand nombre de pirogues utilisant cet engin (940). Les sennes de plage (2,3 % au niveau régional) ne sont fréquentes proportionnellement que dans les pays disposant de longues plages permettant la mise en œuvre de cet engin comme le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire. Là encore, la remarque concernant le Sénégal et l’importance de son parc doit être faite car bien que cet engin soit faiblement représenté proportionnellement dans ce pays, il reste au Sénégal aussi nombreux en absolu que dans tous les autres pays réunis.

Remarque : A noter que la ventilation en catégories fines d’engins doit être analysée avec prudence car il est possible que les enquêteurs aient mal transcrit et codé ces engins.

Proportion des différents types de filets maillants
utilisés selon les pays.


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Répartition relative des lignes et des palangres
utilisées comme engin principal selon les pays


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Nombre de pirogues déclarant un type d’engin de pêche comme engin principal selon l’enquête unité de pêche extrapolée à l’ensemble du parc (à noter que pour 212 embarcations, l’engin est inconnu)


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3- Pêcheurs et catégories de pêcheurs


Photos de pêcheurs sur le port de Lomé.
Source: Chavance, P.
Le nombre de pêcheurs, c'est-à-dire le nombre de personnes embarquant sur les unités de pêche, peut être estimé à partir de deux sources de données issues de l’enquête : i) la liste des unités de pêche établie auprès des chefs de port dans les sites enquêtés soit 100 % des sites dans cette enquête, ii) les listes de pêcheurs (liste membres d’équipage) établies avec les responsables des unités de pêche enquêtées dont le taux d’échantillonnage est variable selon les pays. Comme l’indique le Tableau, ces deux estimations diffèrent de moins de 10 % et ne semble pas indiquer d’erreur systématique ni dans un sens ni dans l’autre.

Ces estimations indiquent que près de 100 000 pêcheurs artisans embarquent sur les pirogues de pêche artisanale maritime dans les 5 pays maritimes de l’UEMOA. Les pays ont des poids très divers puisque trois pêcheurs sur quatre exercent au sein de la pêche artisanale sénégalaise suivi par la Côte d’Ivoire (12 %), la Guinée Bissau (7 %), le Bénin (5 %) et enfin le Togo (3 %).


Nombre de pêcheurs (Différentes méthodes de calcul)


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Part des unités de pêche
avec multi-équipes


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Nombre moyen de membre
d'équipage par type d'engin


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Dans la très grande majorité des cas, les unités de pêche ne sont utilisées que par un unique équipage. Une pirogue sur dix seulement semble disposer de plusieurs équipes à l’exception de la Guinée Bissau qui présente un taux de plus d’une pirogue sur deux avec plusieurs équipes. Cette particularité, si elle est vérifiée, implique que la population de pêcheurs dans ce pays présentée plus haut y est probablement sous-estimée car le chiffre est basé sur les déclarations des chefs de port et ceux-ci n’ont très probablement pas indiqué le nombre de l’ensemble des équipages mais seulement d’une seule équipe.

Comme l’indique le tableau ci dessous, le nombre moyen de pêcheurs par pirogue au sein des 5 pays maritimes de l’UEMOA est de 5 si l’on tient compte du nombre de pirogues et du nombre de pêcheurs. Ce nombre varie sensiblement d’un peu moins de 3 pêcheurs par pirogue en Guinée Bissau (qui est donc le pays disposant d’un équipage moyen le plus réduit) contre plus de 7 pêcheurs par pirogue au Togo qui dispose d’un équipage moyen le plus nombreux suivi de près par la Côte d’Ivoire qui, elle aussi, dispose d’un équipage moyen proche de 7. Le Sénégal quant à lui dispose d’un nombre de pêcheurs moyen légèrement au-dessus de la moyenne régionale.

L‘engin de pêche principal influence grandement le nombre de membres d’équipage de l’unité de pêche. Ainsi, certains petits engins comme l’épervier (EP), les pièges (PI), les lignes (LI) et les filets soulevés (FS) ne mobilisent qu’un seul pêcheur ou bien un nombre réduit d’équipage (1-3). En revanche d’autres types de pêche requièrent beaucoup de main d’œuvre comme la senne de plage (29 personnes en moyenne au Sénégal, par exemple) et la senne tournantes (24 personnes au Sénégal). On doit également citer la pêche aux filets maillants encerclant (FME) en Côte d’Ivoire qui est une pêche spécifique à ce pays (cf. plus loin) et qui mobilise également plus de 20 personnes. Entre ces deux extrêmes, de nombreuses unités pratiquent les filets maillants (FMCF, FMCS, FMD), les lignes (LI) ou les palangres (PA) avec un équipage moyen constitué de 3 à 6 membres.


Equipage moyen embarqué par unité de pêche selon l’engin principal et les Etats membres de l’UEMOA


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4- Captures et efforts


Saison de pêche pour l'engin principal


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On distingue sur la figure ci dessus deux schémas de saisonnalité dans les activités déclarées par les responsables d’unités de pêche avec leur engin de pêche principal. Il s’agit, d’une part, du schéma des pays de la côte ouest africaine comme le Sénégal et la Guinée Bissau pour lesquels l’activité est plutôt soutenue toute l’année avec toujours plus d’une pirogue active sur 2 mais qui indique une sensible baisse d’activité pendant les mois de juillet à octobre. D’autre part, il y a le schéma des pays du golfe de Guinée comme la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin qui, quant à eux, ont une chute d’activité plus importante pouvant réduire à 20 % le parc en activité de février à juin, comme dans le cas de la Côte d’Ivoire, et présentent une période de pleine activité de juillet à octobre. Ces deux groupes de pays sont donc pratiquement en opposition de phase quant à leurs activités de pêche. Ceci peut s’expliquer par les régions climatiques dans lesquels se trouvent ces deux groupes de pays. Le Sénégal et la Guinée Bissau appartiennent à la zone sahélienne avec une distinction nette entre une période sèche sans pluie de novembre à mai suivie d’une période pluvieuse de juin à octobre durant laquelle à la fois les conditions de navigation et de pêche peuvent ne pas être favorables et qui constitue aussi la période de travail aux champs pour les pêcheurs-agriculteurs. Pour les pays du golfe de Guinée, la période de juin à octobre est la période d’activité de l’upwelling ivoiro-ghanéen qui favorise la production de petits pélagiques côtiers en particulier (Durand et al. 1994, Cury et Roy, 2002).

La durée de la saison de pêche avec l’engin principal est l’ensemble des 12 mois de l’année pour une pirogue sur 3. On notera cependant un pic de déclaration à une durée de 9 mois puis un pic de déclaration à une durée de 6 mois. Globalement à l’échelle de l’UEMOA, la durée moyenne de la saison de pêche se situe entre 8 et 9 mois avec deux groupes de pays : le groupe de pays où les durées de pêche sont plutôt longues comme la Guinée Bissau, le Sénégal et le Togo et celui où elles sont plus courtes comme le Bénin et surtout la Côte d’Ivoire où la moyenne indique une activité sur 6 mois.

Durée moyenne de la saison de pêche
de l'engin principal en mois


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Fréquences des réponses sur
la durée de la saison de pêche


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Proportion d'unités de pêche déclarant faire
de la pêche de jour ou de marée


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A l’analyse, la distinction doit être faite entre les unités de pêche pratiquant d’une part une pêche dite « de jour » c'est-à-dire effectuant des sorties courtes généralement à la journée incluant éventuellement une nuit et d’autre part les unités pratiquant des sorties plus longues de plusieurs jours. Ces deux pratiques nécessitent des modes d’organisation radicalement différents tant en ce qui concerne les équipements, les équipages et les ravitaillements. La pêche de jour peut être considérée comme la pratique de base à partir de laquelle s’est, au cours du temps, réalisée une spécialisation dans les pratiques requises par la recherche de nouveaux lieux de pêche et la nécessité de durées d’activité plus longues. Le seuil de durée de sortie déclarée de 2 jours a été retenu pour distinguer ces deux modes d’activité.

On notera que plus d’une pirogue sur 2, quel que soit le pays, pratique des sorties « de jour ». Les sorties de type « marée » sont cependant présentes dans tous les pays avec un pourcentage élevé au Togo et au Sénégal où ce taux atteint 50 %. Il est moindre, se situant entre 20 et 30 %, dans les autres pays (Guinée Bissau, Bénin, Côte d’Ivoire).

Tous les types de pêche ne sont pas concernés de façon équivalente par les pêches de marée et les pêches de jour. Comme l’indique la figure, les engins de pêche surtout associés à la pratique de pêche de marée sont les filets maillants, les lignes et les palangres et ceci pour environ 20 à 40 % des unités de pêche. Les sennes de plage, les sennes tournantes, les éperviers, les filets soulevés sont quant à eux uniquement utilisés lors de sorties à la journée. Pour les deux premiers engins, les enregistrements de pêche de marée sont très probablement des erreurs de saisie ou bien dus à une mauvaise compréhension de la question.

Les rendements par sortie des pêcheurs de marée sont supérieurs à ceux pratiquant la pêche de jour (Cf. Annexe III). A l’exception de la Côte d’ivoire, cette différence apparait peu sensible en moyenne et peut même parfois être inversée comme au Bénin. Si l’on considère les principaux engins concernés par cette pratique de pêche de marée qui sont les filets maillants et les lignes et les palangres, on note que ce sont essentiellement les lignes et palangres qui font la différence sensible notée en Côte d’Ivoire entre les rendements entre ces deux types d’activité.


Engin de pêche principal et taux de pratique de la pêche de jour versus la pêche de marée


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Captures moyennes déclarées par sorties de pêche pour les pêcheurs de jour


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Captures moyennes déclarées par sorties de pêche pour les pêcheurs de marée


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Captures moyennes déclarées par sorties de pêche pour les pêcheurs de jour


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Captures moyennes déclarées par sorties de pêche pour les pêcheurs de marée


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Nombre d'occurences des types de milieu pour la pêche (engin principal)


[2016-10-10]

Nombre d'occurences des types de milieu pour la pêche (engin principal)


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Si l’on considère l’ensemble des pays de l’UEMOA, comme l’indique la figure précédente, près de 2 unités de pêche sur 3 exploitent la zone maritime se situant au-delà des 10 m de profondeur (Large). Une sur quatre explore plutôt la zone côtière, c'est-à-dire les fonds inférieurs à 10 m et 1 sur 10 travaillent en zone estuarienne. Cette répartition est assez homogène au sein des différents pays mis à part la Guinée Bissau où la pêche artisanale semble nettement plus côtière et moins exploiter les fonds supérieurs à 10 m.


Photos Vente au panier de crustacés
sur le débarcadère du Port de Lomé (Togo)
Source: Chavance P.
La figure suivante indique que l’on peut distinguer d’une part des engins exploitant une grande diversité de groupe d’espèces (plus de 4 groupes) et d’autres une diversité plus réduite (3-4 groupes). Ainsi, nous avons d’une part les éperviers, les filets soulevés et les sennes tournantes qui exploitent peu de groupes d’espèces et/ou exploitent des groupes principaux. Il s’agit d’engins actifs pour lesquels il est nécessaire avant leur mise en œuvre d’avoir repéré la cible ou sa possible présence que cela soit un individu ou un banc. Les autres engins de pêche comme les casiers, les filets maillants, les lignes et les palangres ainsi que les sennes de plage exploitent quant à eux des groupes d’espèces plus nombreux. Ce sont des engins plus passifs ou qui exploitent par piégeage l’ensemble des espèces qui fréquentent la zone de pêche.

Si l‘on se base sur les groupes d’espèces capturées, on doit aussi distinguer les trois types d’engins suivants :

Compte tenu de ce que nous avons vu plus haut sur la répartition des engins de pêche et sur la dominance des filets maillants et des lignes et palangre, on retiendra donc que la pêche artisanale maritime cible et capture une diversité d’espèces de fond, démersales ou pélagiques et que cette diversité se retrouve au niveau des pratiques individuelles.


Occurences des espèces citées pour l'engin principal


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Communauté d’espèces exploitées par la pêche artisanale maritime du Nord au Sud de la zone d’étude (fréquence de réponses des deux premières espèces exploitées par l’engin principal)


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La figure ci dessus indique que sur le plan régional, on assiste à une succession de groupes d’espèces exploitées du Nord au Sud de la zone d’étude qui, rappelons-le, embrasse près de 12 ° de latitude avec notamment des zones au Nord à pluviométrie faible (500 mm/an) et des zones au Sud à pluviométrie forte (2 500 mm/an). Ainsi le fait géographique le plus marquant quant aux espèces exploitées semble être la zone des Rivières du Sud. En effet dans cette zone qui correspond à la zone s’étalant du Sud du Sénégal à la Sierre Léone actuel comme le préciser Cormier-Salem (1999), « les multiples fleuves qui arrosent les plaines littorales les estuaires, appelés rio, qui échancrent la côte, les vasières maritimes parcourues par des chenaux de marées et colonisées par les palétuviers fondent l’identité biogéographique de cette portion de littoral ». Dans cette région, on assiste à un changement substantiel d’espèces présentes en zones côtières et donc exploitées par la pêche artisanale maritime. Alors que dans les zones au Nord et au Sud des Rivières du Sud, l’exploitation est caractérisée par les espèces de pleine eau (pélagiques) et en particulier les petits pélagiques côtiers (ethmalose et sardinelles) ainsi que par les espèces démersales des fonds durs. La pêche artisanale maritime des Rivières du Sud est quant à elle marquée par la quasi absence de poissons démersaux des fonds durs qui sont remplacés par les espèces démersales des fonds meubles et une diversité de groupes d’espèces d’affinité estuariennes ou d’eau douce comme les mulets, les mâchoirons et les cichlidés.

Synthèse exploitation et capacités

La pêche artisanale maritime dans les 5 pays maritimes de l’UEMOA que sont le Sénégal, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire le Togo et le Bénin dispose d’un parc piroguier de 18 355 pirogues. Actives pour la plupart, ces pirogues sont concentrées au Sénégal et en Guinée Bissau où se localise 85 % de ce parc. Ces pirogues, en bois pour la plupart, sont des pirogues monoxyles améliorées ou des pirogues en planches (77 %) ou bien des pirogues monoxyles (17 %). Leur durée de vie est d’une vingtaine d’années. Le Sénégal et la Guinée Bissau disposent des parcs d’embarcations les plus récents. Le taux de motorisation est de 78,4 % au niveau régional ; il dépend de la longueur des pirogues et des engins utilisés. Les pays où le taux de motorisation est le plus élevé sont le Sénégal et le Bénin et le pays le moins motorisé est la Guinée Bissau (22,5%). Les engins de pêche les plus courants sont les filets maillants (51 %) et les lignes et les palangres (29 %). Les sennes tournantes représentent quant à elles 8 % des engins utilisés et sont les plus abondantes au Sénégal. Le nombre total de pêcheurs artisans est estimé à 100 000 personnes au niveau des 5 pays. Les unités de pêche embarquent en moyenne 5 pêcheurs. Deux extrêmes sont observés de ce point de vue avec d’une part les pirogues qui embarquent un ou très peu de marins (épervier ou filets soulevés) et celles utilisant un grand nombre d’équipage (sennes tournante) ou les pêches collectives (senne de plage). De nombreuses unités se situent dans la moyenne et embarquent entre 3 et 6 pêcheurs. Les activités de pêche se pratiquent plutôt toute l’année avec cependant des cycles saisonniers plus ou moins marqués et différents pour les pays du Nord de la zone comme le Sénégal et la Guinée Bissau qui observent une pause en saison humide (juin-octobre) et pour ceux du golfe de Guinée où l’activité de pêche est plus intense à cette même période du fait de l’activité de l’upwelling ivoiro- ghanéen favorable à la pêche des espèces de petits pélagiques côtiers. La pêche est plutôt une activité de pêche de jour (une à deux journées) pour plus d’une pirogue sur 2. Les pêches de marée (plus de 2 jours) sont plus fréquentes au Sénégal et au Togo et concernent les filets maillants et les lignes et palangres. Deux unités sur 3 exploitent la zone où les fonds sont supérieurs à 10 m sauf en Guinée Bissau où c’est la zone côtière qui est la plus exploitée. Mis à part quelques engins très sélectifs et visant des groupes cibles, les engins les plus fréquents de la pêche artisanale maritime exploitent un mélange d’espèces pélagiques et démersales. Les profils de groupes d’espèce pêchées selon les pays sont assez semblables mis à part pour la région des Rivières du Sud (sud du Sénégal et la Guinée Bissau) très influencée par les estuaires côtiers et qui indique alors une absence de poissons démersaux des fonds durs qui sont remplacés par des poissons démersaux des fonds meubles.

Commodités et services

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1- Commodités et services sur le site d'habitation

Un site de débarquement peut correspondre à un site d’habitation unique précis, généralement situé à proximité, mais il peut aussi servir de base d’activité à des pêcheurs dont la résidence se trouve dans plusieurs sites d’habitation situés dans les environs. Ces sites d’habitation extérieurs sont alors le plus souvent peu nombreux. Dans plus de 7 cas sur 10, les sites de débarquement sont associés à un site d’habitation au Bénin, en Côte d’Ivoire et en Guinée Bissau. En termes de pirogue, cela signifie un taux supérieur à 1 pirogue sur 2 qui est basée dans ce type de site. Le Togo se démarque nettement de ce point de vue avec seulement 13 % de ses sites et 3 % de ces pirogues associées à un seul site d’habitation. La grande majorité des pirogues sont donc basées sur des sites de débarquement qui sont associés à plusieurs sites d’habitation et constituent des zones d’activité privilégiée. Le Sénégal est quant à lui dans une situation intermédiaire avec 4 sites sur 10 associés à un site d’habitation et 47 % de ses unités de pêches basées dans de tels sites. Au niveau des cinq pays pris dans leur ensemble, 65 % des sites de débarquement sont associés à un seul site d’habitation et une pirogue sur deux est basée dans de tels sites. Cette différence indique que les sites de débarquements abritant de nombreuses pirogues ont tendance à être des sites associés à plusieurs sites d‘habitation.

Pourcentage de sites correspondant à des sites d'habitations unique et part du parc piroguier correspondant pour chacun des états membres


[2016-10-10]

Les taux de présence des commodités sur le site d’habitation principal associé à un site de débarquement ont donc été calculés. On peut faire les constations suivantes :

Concernant les trois commodités de base que sont Puits, Ecole primaire et Centre de santé, la situation semble la plus favorable :

Concernant en revanche les trois commodités Marché périodique, Réseau électricité et Transfert d’argent, la situation des sites d’habitation semble moins favorable :

Présence et accessibilité sur le site d'habitation à des services et commodités : école primaire, puits/forage, transfert d'argent, électricité, centre de santé, marché périodique, pourcentage de sites équipés


[2016-10-10]

Présence et accessibilité sur le site d'habitation à des services et commodités : école primaire, puits/forage, transfert d'argent, électricité, centre de santé, marché périodique, pourcentage de pirogues concernées


[2016-10-10]

Tous les sites de débarquement ne disposant pas d’un parc piroguier de taille homogène, la figure ci-dessus indique le taux de présence de ces mêmes commodités rapporté au nombre d’unités de pêche du site. On notera sur cette figure par rapport à la précédente, une amélioration des taux de présence des commodités dont la situation par site d’habitation est la moins favorable à savoir le Transfert d’argent, le Réseau Electricité et le Marché périodique. Cela indique donc une tendance aux unités de pêche à être concentrées dans les sites de débarquement qui sont associés à des sites d’habitation disposant de ces commodités. En revanche, ce taux diminue légèrement en ce qui concerne l’accès au Centre de santé mais ceci est surtout le cas en Guinée Bissau et au Togo qui selon cette information disposeraient donc de quelques grands sites de débarquement utilisés par des pêcheurs vivant sur des sites d’habitation ne disposant pas de centre de santé sur place ou à proximité.

Au niveau régional, comme l’indique la Figure suivante, 3 sites d’habitation sur 10 ne disposent pas de centre/poste de santé à moins de 10 km avec une situation particulièrement défavorable de ce point de vue en Côte d’Ivoire où seuls 56 % des sites disposent d’une telle commodité à moins de 10 km. Le Sénégal est le pays où le taux d’accès à la santé est le plus élevé (83%).

Présence et accessibilité sur le site d'habitation à un centre/poste de santé


[2016-10-10]

2- Commodités et services liés au débarcadère

Pourcentage sous-régional de sites et de pirogues concernées qui ont accès aux différentes commodités


[2016-10-10]

En moyenne, moins de 2 sites sur 10, soit très peu de sites, disposent au niveau régional d’un accès aux services et aux commodités liés à la pêche. En revanche, on notera que les pirogues étant plus particulièrement basées dans les gros sites disposant de ces services, environ 3-5 pirogues sur 10 peuvent tout de même bénéficier de ces services et de ces commodités.

Les situations par pays figurant à la Figure suivante montrent que le Sénégal est très privilégié à ce propos avec des taux de sites disposant de facilités toujours supérieurs aux taux des autres pays qui ont le plus souvent des taux inférieurs à 1 site sur 10 disposant du service ou de la commodités mis à part le Bénin qui apparait aussi privilégié que le Sénégal pour les facilités pour le frais et l’accès au matériel de pêche. La Guinée Bissau et la Côte d’Ivoire sont les deux pays qui disposent des taux d’accès à ces services et commodités les plus faibles.

Présence et accessibilités sur les débarcadères des services et commodités : facilité de conservation du poisson frais (glacière non éléctrifiée, point d'approvisionnement en glace, chambre/container frigorifique électrifié), prestataires de services (atelier de charpente de pirogue, atelier de réparation mécanique), boutique vendant du matériel de pêche et carburant, aménagement général du site (hall à poissons, parking aménagé pour les commerçants, quai de pêche), facilité pour le poisson transformé (site de transformation aménagé, magasinage des produits de pêche), hygiène (robinet et latrine) Pourcentage de sites équipés


[2016-10-10]

Présence sur les débarcadères d'un réseau publique d'électricité


[2016-10-10]


Au niveau régional, moins d’un site de débarquement sur deux dispose d’un accès au réseau public d’électricité dénotant le caractère rural et isolé de cette activité. En Guinée Bissau, ce sont seulement près de 5 sites de débarquement sur 100 qui ont accès au réseau public d’électricité. Cette situation moyenne par Etats membres ne doit pas cacher des contrastes importants au sein des pays avec des régions très bien pourvues et d’autres totalement dépourvues d’accès à cette commodité.

Commodités et services spécifiques liés à la pêche

Au niveau de l’UEMOA, les commodités et services liés à la pêche les plus fréquemment rencontrées sur les sites de débarquement sont, par ordre décroissant, les ateliers de charpente (20%), les sites de transformation aménagés (18%), les ateliers de réparation mécanique (13%), les points d’approvisionnement en carburant (12%), les points d’approvisionnement en glace ou la disposition de glacière (9-12%) et les boutiques de matériel (10%). Ces taux d’accès sont donc notoirement faibles et la figure indique que le Sénégal est le pays le plus avancé dans ce domaine en comparaison des autres pays où les taux de sites disposant de ces commodités et services sont toujours plus faibles d’au moins la moitié.

Pourcentage de sites béneficiant de diverses commodités liées à la pêche


[2016-10-10]


Pourcentage de piroques béneficiant de diverses commodités liées à la pêche


[2016-10-10]


Comme indiqué précédemment, pour disposer d’une juste appréciation des bénéfices tirés de ces infrastructures et services par les pêcheurs, il est intéressant d’examiner ce taux d’accès aux commodités et services par unités de pêche en tenant compte de l’importance du parc piroguier basé sur chacun des sites. Ainsi, la figure précédente montre qu’il y a une très nette concentration des commodités et services dans les sites disposant du plus grand nombre de pirogues. On notera cependant que cet effet ne semble pas jouer ni au Togo ni au Bénin pour les ateliers de charpente et les boutiques de matériel.

Les débarcadères aménagés (c'est-à-dire dans le cadre de cette enquête), déclarés comme disposant d’un quai de pêche sont au nombre de 37 sur l‘ensemble des 5 Etats membres soit une proportion de 8 sites sur 100. Cela indique que les activités de pêche artisanale sont mises en œuvre dans de nombreuses localités qui ne sont pas particulièrement prévues ou aménagées pour cela. En revanche, on note de façon assez significative que les sites aménagés concentrent une part importante des parcs piroguiers. Au niveau régional, on trouve que près d’une pirogue sur 2 (43 % exactement) est basée dans un site aménagé. Le phénomène de concentration est donc très sensible. Quand on l’examine au niveau de chacun des Etats membres, comme sur le graphique, on note que cet effet de concentration est particulièrement fort au Bénin et au Togo mais aussi que la Côte d’ivoire et la Guinée Bissau sont les deux Etats membres où les taux de pirogues bénéficiant des facilités d’un site aménagé sont les plus bas avec 3% et 16 % respectivement.

Pourcentage de site et de pirogues concernés par des débarcardère aménagés


[2016-10-10]


Synthèse Commodités et services

Dans la grande majorité des cas, le site de débarquement constitue le site d’habitation des pêcheurs ou est associé à un site d’habitation particulier et proche. La pêche artisanale maritime est par conséquent une activité rurale bien intégrée géographiquement aux lieux de vie des pêcheurs et de leur famille. Cette situation est particulièrement typique des pays comme le Bénin, de la Côte d’ivoire et la Guinée Bissau. Ces sites d’habitation disposent souvent mais pas tous (7 cas sur 10 seulement) de commodités de base que sont l’accès à l’eau, à l’éducation primaire et à des centres de sante soit sur place ou à proximité (moins de 10 km). Très peu de sites de débarquement disposent d’un accès aux commodités et services liés à la pêche (index synthétique). En revanche, il apparait clairement qu’un plus grand nombre de pirogues est basé dans les sites qui en disposent. Ainsi, 3 à 5 pirogues sur 10 peuvent bénéficier de ces commodités et services liés à la pêche alors que seulement 2 sites sur 10 en disposent. Le Sénégal est le pays privilégié de ce point de vue, la Côte d’Ivoire et la Guinée Bissau apparaissant comme ceux les moins favorisés. L’interprétation de ce phénomène est double. Il est en effet très vraisemblable que la présence de commodités et de services sur un site y favorisent le développement de l’activité de pêche et le nombre de pirogues qui y sont basées. On doit aussi considérer que la présence de nombreuses pirogues attire naturellement la mise en place de commodités et l’installation de prestataires de services. Le nombre de sites aménagés disposant d’un simple quai de pêche est très faible (37 soit 8 % des sites), indiquant que les activités de pêche artisanale sont mises en œuvre dans de nombreuses localités qui ne sont pas particulièrement prévues ou aménagées pour cela. En revanche, on note que les sites aménagés concentrent une part significative des parcs piroguiers. Au niveau régional, on trouve que près d’une pirogue sur 2 (43 % exactement) est basée dans un site aménagé. Le phénomène de concentration est donc sensible et il est particulièrement fort au Bénin et au Togo. La Côte d’ivoire et la Guinée Bissau sont les deux Etats membres où les taux de pirogues bénéficiant des facilités d’un site aménagé sont les plus bas avec 3% et 16 % respectivement.

Thématique Economie - Filière pêche

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1- Coûts liés à la production et chiffres d’affaires réalisés

Prix d'achat moyen et longueur moyenne des différents types d'unités de pêche


[2016-10-10]

Même si on considère des moyennes exprimées par types et par pays, on constate que les prix d’achat des embarcations présentent une très forte variabilité, allant de 100.000 F CFA (pirogue monoxyle en Guinée Bissau) à plus de 11 millions de francs CFA (embarcations en fibre de verre au Sénégal). La combinaison de plusieurs facteurs susceptibles d’agir sur le prix rend l’interprétation de cette variabilité difficile. Cependant, une analyse par un modèle statistique (ANCOVA) permet de montrer qu’une grande taille (longueur) constitue un facteur d’élévation du prix, tout comme la construction en matériau de type fibre de verre. Par ailleurs, on note que les prix des pirogues sont en général moins élevés en Guinée Bissau que dans les autres pays (à l’exception du cas des pirogues en planches).

Dépenses moyennes par sortie de pêche (pêche de jour)

Les dépenses moyennes engagées pour réaliser les sorties de pêche de jour, que l’on peut appeler aussi coûts de fonctionnement, sont principalement constituées par les achats de carburant, avec des montants moyens de 37 000 F CFA à 90 000 F CFA qui représentent généralement plus des 2/3 du coût de la sortie. Cette première catégorie de coûts est suivie de loin par les coûts des intrants de conservation et de la nourriture. Les appâts, qui ne sont pas utilisés par tous les types de sorties (car cela dépend de la technique de pêche utilisée), interviennent en dernier lieu dans les coûts moyens de l’activité. On note que les coûts sont généralement plus élevés en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Le coût total moyen d’une sortie de pêche de jour (en excluant les coûts salariaux et les coûts d’amortissement des engins et de la pirogue) est ainsi de 119 300 F CFA en Côte d’Ivoire, de 98 250 F CFA au Sénégal, de 67 250 F CFA au Togo, de 56 350 F CFA en Guinée Bissau et de 45 500 F CFA au Bénin

Dépenses moyennes par sortie pour la pêche (Pêcheurs de jour)


[2016-10-10]


Dépenses moyennes par sortie pour la pêche (Pêcheurs de Marée)


[2016-10-10]


Lorsqu’on considère les sorties de pêche de marée (avec plusieurs jours passés en mer), tous les coûts de fonctionnement sont plus élevés. Comme pour les pêches de jour, ce sont les coûts de carburant qui dominent. Mais les coûts d’achat des appâts font ici presque jeu égal avec les coûts des intrants de conservation (glace et sel), ce qui s’explique par la forte proportion des sorties de pêches avec lignes et palangres parmi les pêches de marée. Le coût total moyen d’une sortie de pêche de marée (en excluant les coûts salariaux et les coûts d’amortissement des engins et de la pirogue) est de 446 400 F CFA en Côte d’Ivoire, de 182 670 F CFA au Sénégal, de 178 470 F CFA en Guinée Bissau, de 162 140 F CFA au Bénin et de 94 979 F CFA au Togo. Les ordres de grandeur sont donc 2 à 4 fois plus élevés que pour les pêches de jour, ce qui s’explique aisément du fait de la durée des sorties. Toutefois, les deux pays les plus « chers » restent les mêmes que pour les pêches de jour : il s’agit là encore de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.

Les chiffres d’affaires (C.A.) ou gains moyens monétaires déclarés par sortie de pêche (que celles-ci soient « de jour » ou « de marée ») montrent une certaine homogénéité, variant généralement dans la gamme de 120 000 à 270 000 F CFA par sortie. Les valeurs de C.A. des pêches de marée en Côte d’Ivoire font toutefois exception avec près de 560 000 F CFA de C.A. moyen. A l’autre extrémité, les C.A. des pêches de jour en Guinée Bissau sont particulièrement faibles, inférieurs à 50 000 F CFA.   Si l’on compare ces chiffres aux coûts par sortie (hors coûts d’amortissement et de main-d’œuvre), on obtient des ratios qui sont à peine supérieurs à 1 (par exemple 1,16 de ratio ‘CA/coûts’ pour les pêches de marée, en moyenne sur les 5 pays), ce qui laisse penser à une sur-déclaration des coûts (dans l’enquête) ou bien une sous-déclaration des C.A. En effet, si l’on fait l’hypothèse que l’activité de pêche est économiquement rentable, le C.A. moyen par sortie devrait être systématiquement supérieur aux coûts totaux moyens réels par sortie, c’est-à-dire englobant les coûts de main d’œuvre et d’amortissement ajoutés aux coûts de fonctionnement. Or, cela ne semble pas toujours être le cas dans les présentes données.

Chiffre d'affaire moyen déclaré par sortie
pour l'engin principal par pêches


[2016-10-10]


Selon les pays considérés, les techniques de pêche qui permettent les plus gros C.A. peuvent varier : au Bénin, au Sénégal et au Togo, ce sont les sorties de sennes (surtout tournantes) qui génèrent les plus gros chiffres d’affaire, grâce aux très grandes quantités de petits poissons pélagiques que cette technique peut capturer rapidement. A l’opposé, en Côte d’Ivoire, c’est la technique « lignes/palangres » qui permet les plus gros gains, parce qu’elle est souvent utilisée en sortie longue (marée) pour capturer des espèces de haute valeur. Les filets maillants sont généralement associés à des gains moyens, alors que les éperviers, les filets soulevés et les casiers/pots/barrages sont des techniques conduisant à de faibles gains.

Chiffre d'affaire moyen déclaré par sortie
pour l'engin principal


[2016-10-10]


2- Utilisations de la production

Pourcentage moyens des utilisations du poisson capturé


[2016-10-10]


Dans tous les pays, les quantités de poisson débarquées sont en majorité vendues en frais par les unités de pêche dans une proportion allant de 52% à 76%. Toutefois, en Côte d’Ivoire et en Guinée Bissau, une part significative de la capture (environ 1/3) est transformée, sans doute par des proches de pêcheurs, avant d’être vendue. On note par ailleurs que 10% à 20% de la capture n’entrent pas dans les circuits commerciaux puisqu’ils sont destinés à l’autoconsommation (au bénéfice des pêcheurs et de leurs ménages) ou bien à des dons. Enfin, la part de poissons débarqués qui est déclaré comme « quantité perdue » est faible, de l’ordre de 1,5 à 4% selon les pays.

Pour la rémunération des équipages, les unités de pêche de tous les pays utilisent en premier lieu les systèmes les plus souples, c’est-à-dire ceux qui sont directement fonction de la capture réalisée. Ainsi, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Sénégal domine le système « à la part », qui consiste à distribuer le gain monétaire tiré de la vente du poisson capturé aux membres de l’équipage selon un système de parts individuelles après avoir retiré une fraction destinée au propriétaire et une autre au « moteur ». En Guinée Bissau, la rémunération en nature, en termes de part du poisson capturé, est la plus fréquente, probablement en réponse au faible développement du système de mareyage. Notons toutefois que l’on peut aussi rencontrer, particulièrement au Togo et en Guinée Bissau, une proportion non négligeable d’unités de pêche (environ 1/3) qui utilisent des systèmes de rémunération basés, en partie ou en totalité, sur des composantes salariales fixes.

Mode de rémunération de l'équipage


[2016-10-10]


Importance de la commercialisation et de la transformation

Nombre d'opérateurs
qui viennent sur les sites
prendre du poisson frais


[2016-10-10]

Un décompte des opérateurs intervenant sur les sites de débarquement pour acheter du poisson frais aboutit à des valeurs totalisées de 6 170 au Bénin, de 7 882 en Côte d’Ivoire, de 586 en Guinée Bissau, de 14 136 au Sénégal et de 1 228 au Togo. Ces décomptes peuvent toutefois être supérieurs au effectifs totaux d’opérateurs dans chacun des cinq pays, car un opérateur intervenant comme acheteur sur 2 ou 3 sites sera comptabilisé 2 ou 3 fois. Cependant, les chiffres donnent une idée du poids du premier segment des filières ‘post-capture’ dans chacun des pays.

Une analyse de la composition relative de ces opérateurs-acheteurs de poisson frais montre de grandes différences inter-pays, avec une prédominance des transformatrices au Sénégal et en Côte d’Ivoire tandis que les mareyeuses et micro-mareyeuses additionnées dominent dans les trois autres pays. A noter l’absence apparente des mareyeuses en Guinée Bissau, au profit d’un fort développement des micro-mareyeuses, ce qui pourrait être le signe d’une prédominance des circuits de commercialisation locaux dans ce pays. Enfin, il faut remarquer que les acheteurs pour les usines sont très peu nombreux et ne se rencontrent qu’au Sénégal et au Togo.

Pour les produits frais, nombre d'expéditions par semaine


[2016-10-10]

Pour la transformation, nombre d'expéditions par semaine


[2016-10-10]

Nombre des expéditions de poisson frais par semaine et moyens de transport utilisés pour les réaliser

Il s’agit ici d’un décompte, totalisé sur l’ensemble des sites, des nombres d’expéditions de poisson frais réalisées par semaine en haute-saison. Ce décompte fournit une certaine appréciation du flux de poissons frais au départ des sites. On observe ainsi les plus fortes valeurs pour les pays ayant la plus forte production halieutique. Mais les chiffres doivent être tempérés par l’examen des types de transport utilisés. Ainsi, les mareyeuses du Sénégal utilisent majoritairement des camions, autorisant des possibilités de fortes cargaisons, alors qu’au Togo et au Bénin les deux roues sont de loin les engins de transport les plus utilisés. Les engins terrestres dominent partout et l’on ne rencontre des pirogues transporteuses que dans les deux pays (Guinée Bissau et Sénégal) qui sont dotés de nombreuses d’îles.

Nombre des expéditions de poisson frais par semaine et types de moyens de transport utilisés pour les réaliser

Il s’agit d’un décompte, totalisé sur l’ensemble des sites, des nombres d’expéditions de produits transformés par semaine en haute-saison. On constate que les nombres de voyages sont ici moins nombreux que ceux visant à transporter du poisson frais (indicateur précédent), ce qui montre tout l’intérêt de la transformation en tant que procédé permettant d’obtenir un produit moins périssable, ne nécessitant pas un écoulement en continu vers les lieux de commercialisation et consommation. On retrouve ici en tête les pays leaders en production halieutique, mais avec une valeur étonnamment modeste pour le Sénégal, largement devancé par la Côte d’Ivoire. Il faut interpréter cela comme le signe de la maturation du système post-capture au Sénégal, favorisant l’expédition de cargaisons de forts volumes unitaires, le plus souvent en taxi ou en camion, et réduisant du même coup le nombre de transactions et de voyages. Comme pour les produits frais, on observe au Bénin et au Togo une utilisation importante des deux roues. Les pirogues ne jouent un rôle significatif que là où il y a beaucoup d’îles, c’est-à-dire en Guinée Bissau et, dans une moindre mesure, au Sénégal.

Pourcentage de sites déclarant des types de produits transformés achetés par des commerçants


[2016-10-10]


L'examen de la disponibilité à l’achat des types de produits transformés sur les sites, en regard de la population de sites de chaque pays, montre que le poisson fumé est le produit le plus répandu, présent selon les pays dans 25% (Guinée Bissau) à 70% (Bénin) des sites de débarquement. Le poisson salé-séché est également présent dans tous les pays, avec des fréquences de présence allant de 15% à 68% des sites. Tous les autres produits présentent de fortes spécificités de répartition au sein de la géographie régionale : le poisson fermenté-séché se rencontre rarement en dehors des sites du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ; le poisson braisé ne s’observe que sur un petit nombre de sites du Sénégal et du Togo et le poisson frit se rencontre de façon éparse sur quelques sites au Togo, au Bénin et au Sénégal. Pour finir, on constate que le Sénégal est le seul pays à offrir globalement la totalité de la palette des types de produits transformés, en plus ou moins grande fréquence.


Thématique Social - gouvernance

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1- Mobilité et évolution du parc piroguier


Pourcentage d'unités de pêche qui déclarent effectuer des migrations saisonnières


[2016-10-10]

La migration saisonnière des unités de pêche (pirogues) est un comportement qui peut être observé dans tous les pays, mais il n’est jamais dominant. C’est au Togo et au Sénégal que la mobilité saisonnière des unités est la plus fréquente, avec des taux respectifs de 47,6% et 37,3%. Pour le Togo, ce taux élevé va sans doute de pair avec l’origine ghanéenne des pêcheurs, qui les incite à effectuer chaque année un voyage de quelques semaines vers le pays d’origine. Au Sénégal, il s’agit davantage de stratégies de déploiement à large échelle de l’activité de pêche, une tradition ancrée chez certains groupes de grands pêcheurs (saint-louisiens). A noter que, en Guinée Bissau, il n’y a qu’une faible proportion (3,9%) du parc piroguier qui déclare faire des migrations saisonnières. L’ampleur des non réponses dans certains pays, notamment au Sénégal, pourrait masquer un recours un peu plus fréquent, dans la réalité, à la migration saisonnière.

L’examen des réponses de perception sur l’évolution des tailles de parc piroguier fait apparaître deux pays avec des tendances nettes, qui sont d’ailleurs opposées : le Sénégal, avec une tendance perçue « en augmentation » pour près de 61% des sites, et le Bénin, avec une tendance première de « diminution du parc piroguier » qui est perçue chez 45% des sites. Pour les trois autres pays, la tendance de perception est soit à la stabilité des effectifs du parc (cas de la Côte d’Ivoire) soit à l’équilibre entre le nombre de sites perçus « en augmentation » et le nombre de sites perçus « en diminution » (cas de la Guinée- Bissau et du Togo).


Perception de l'évolution du parc piroguier sur les 5 dernières années


[2016-10-10]



3- Gouvernance

Les organisations socio-professionnelles les plus répandues sont celles des pêcheurs sensu stricto, et on les rencontre effectivement dans tous les pays, bien que les taux de présence soient plus forts au Togo, au Bénin et au Sénégal (environ 1 site sur 2) et sensiblement moindre en Côte d’Ivoire et en Guinée Bissau (1 site sur 4). Les OSP de transformateurs (trices) ne sont présentes en nombre que dans les pays où la transformation est importante : Sénégal, puis Bénin et Côte d’Ivoire. Les mareyeuses et micro-mareyeuses ne disposent d’organisations que dans ces trois mêmes pays. Il ressort donc un déficit notable en organisations socio-professionnelles du segment d’activité post-capture au Togo et en Guinée Bissau. Le Sénégal apparaît globalement comme le pays disposant de la plus forte couverture en OSP de tous types.

Les organisations de type « groupement » (ou plutôt GIE : groupement d’intérêt économique) sont les organisations globalement les plus nombreuses, répandues dans tous les pays. On note toutefois, en Côte d’Ivoire, l’importance de la forme institutionnelle de type « coopérative », qui représente un modèle plus avancé d’organisation économique de producteurs ou commerçants. Notons que les syndicats ne sont pas cités en Côte d’ivoire, en Guinée Bissau et au Sénégal, peut-être par suite d’une compréhension trop restrictive de la question. Enfin, les organisations traditionnelles sont surtout citées au Togo et, de façon moindre, en Côte d’Ivoire.

Les Organisations socio professionnelles

Pourcentage de sites de débarquement
qui déclarent la présence d'OSP


[2016-10-10]

Répartition des OSP citées
par type institutionel


[2016-10-10]

Pour 4 pays sur 5, la majorité des sites voient la mise en œuvre de régimes locaux de réglementations de la pêche sensu stricto ou bien des activités post-captures. Ceci témoigne de la forte propension du monde de la pêche à s’organiser « par la base ». La Guinée Bissau est relativement peu pourvue en réglementations locales, ce qui pourrait s’expliquer par un moindre besoin lié au relativement faible nombre de pêcheurs.

Considérées de façon globale, c’est-à-dire en confondant les 5 pays, les règles et réglementations locales citées dans les sites concernent en premier lieu l’activité de capture, c’est-à-dire les engins (29,1% des citations de domaine d’application), les espèces pêchées, les zones de pêche et les jours de fermeture dans la semaine de la pêche. Les questions qui ont trait aux activités post-capture (point de débarquement et utilisation des captures) suscitent beaucoup moins de règles.

Règles de gestion

Pourcentage de sites avec
règlementations locales


[2016-10-10]

Domaine d'application
des règles mises en place


[2016-10-10]

Des conflits entre différents groupes de pêcheurs artisans sont observés dans tous les pays, mais ils sont peu fréquents en Côte d’Ivoire et en Guinée Bissau (moins de 20% de sites concernés). Les conflits des pêcheurs artisans avec la pêche industrielle, qui font suite notamment aux pertes de filets voire aux accidents subis en mer par les pirogues en présence des gros bateaux de pêche, sont particulièrement répandus (plus de 70% de sites concernés) en Côte d’Ivoire et au Bénin, alors que la Guinée Bissau ignore pratiquement ce type de conflits, sans doute en partie du fait des caractéristiques géomorphologiques de son littoral. Enfin il peut exister des conflits d’un troisième type, éclatant entre les pêcheurs et les acteurs du segment post-capture de la filière pêche artisanale (par exemple sur les questions de prix ou d’enlèvement des produits débarqués), mais ces cas se limitent au Togo, au Bénin et, dans une moindre mesure, au Sénégal. Globalement, la Guinée Bissau apparaît comme le pays où les activités, aussi bien celles de la pêche que du segment post-capture, se déploient dans la plus grande tranquillité sociale et professionnelle.

Types de conflits déclarés sur les sites


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4- Divers

Pourcentage de sites affectés par
une dégradation de l'environnement


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Parmi les dégradations environnementales ressenties au niveau des sites de débarquement de la pêche artisanale, l’érosion côtière est répandue de façon fréquente et uniforme, puisqu’elle affecte environ les 2/3 des sites dans tous les pays. La pollution vient en second lieu, avec toutefois des contrastes très forts entre les pays : le Togo et le Bénin sont très touchés, sans doute à cause de la proximité du grand port industriel de Lomé, alors que la Guinée Bissau apparaît presque indemne de pollution. Quant aux coupes de mangrove, elles ne semblent affecter qu’une petite proportion de sites dans les différents pays.

Parmi les incidents et accidents plus ou moins graves qui peuvent affecter la sécurité des unités de pêche (pirogues) lorsqu’elles sont en en mer, ceux qui surviennent le plus fréquemment sont les pannes de moteur, qui dans la plupart des pays touchent au moins une fois par an plus d’1/4 du parc des unités de pêche, sauf en Guinée Bissau qui est aussi le pays le moins motorisé. Les intempéries (tempêtes), qui obligent à rentrer à terre, viennent ensuite par rang d’incidence. Les naufrages sont heureusement un peu moins fréquents, mais au Togo et au Bénin ils touchent annuellement respectivement 40% et 27% des unités. Les collisions ne sont importantes qu’au Togo (33% d’incidence annuelle) et dans une moindre mesure en Côte d’Ivoire. Le pays globalement le plus sûr par rapport aux incidents et accidents de mer est la Guinée Bissau, sauf pour les intempéries qui y sont présentes comme partout ailleurs. Le pays globalement le moins sûr est le Togo, suivi de la Côte d’Ivoire et du Bénin. La façade du Golfe de Guinée, marquée par l’omniprésence du phénomène de barre, semble donc globalement plus dangereuse pour la pêche artisanale que la façade ouest-atlantique.

Taux de citations
des différents types d'accidents


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Parmi les équipements et dispositifs pouvant contribuer à une meilleure sécurité en mer, le téléphone portable, arrivé au début des années 2000, est aujourd’hui très répandu. Son taux de présence sur les unités de pêche atteint, selon les pays, entre 73% (au Togo) et 90% (au Sénégal et au Bénin). Les feux de signalisation sont assez souvent utilisés (par 30% à 60% des unités), sauf au Togo. Les gilets de sauvetage ne sont utilisés systématiquement qu’au Sénégal et dans une moindre mesure, pour un petit tiers des unités, en Guinée Bissau. Les GPS ne sont fréquents qu’au Sénégal et sont rares ou absents partout ailleurs. Les pharmacies ne sont pratiquement jamais présentes sur les pirogues, sauf en Côte d’Ivoire (51% de présence). Dans l’ensemble, les unités de pêche sénégalaises sont, de loin, les mieux outillées en matière de sécurité. A l’opposé, celle du Togo sont quasiment dépourvues d’équipement de sécurité, mis à part le téléphone. Cela est d’autant plus déplorable que les pirogues du Togo sont aussi celles qui subissent le plus d’incidents et d’accidents de toutes sortes en mer.

Pourcentage d'unités de pêche dotées d'équipement de sécurité


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Thématique Social - Communauté

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1- Description de la population de pêcheurs

Le Sénégal se distingue par la très grande masse de ses effectifs de pêcheurs, représentant 73% des effectifs totaux de pêcheurs artisans maritimes de la région UEMOA.

Quant à la population de l’ensemble UEMOA directement dépendante de la pêche artisanale maritime (considérée ici au sens du sous-secteur de la capture), elle apparait être un peu inférieure à 700 000 habitants. Ce chiffre est sensiblement inférieure à celui qui était présenté pour la pêche continentale (qui était de 1 million d’habitants) dans le rapport UEMOA de l’enquête cadre 2012, mais il faut rappeler que ce dernier chiffre correspondait à la population vivant dans les ménages abritant des acteurs de tous les segments (aussi bien capture que post-capture) de la pêche continentale. Les deux populations dépendantes (celle de la pêche artisanale maritime d’une part et celle de la pêche continentale d’autre part) semblent donc bien se situer dans le même ordre de grandeur.

Les tailles moyennes de ménage reflètent les particularités sociologiques et culturelles des pays, avec des ménages de taille modérée (moins de 8 personnes) le long du Golfe de Guinée et de grande taille sur la façade Ouest-Atlantique, en Guinée Bissau et surtout au Sénégal.

Nombre de personnes des ménages
dont au moins un des membres travaille dans l'activité de capture.


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Nationalité des pêcheurs enquêtés

Répartition des nationalités par pays


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Nombre de pêcheurs par nationalité au sein de l'UEMOA


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Parmi les pêcheurs artisans maritimes des pays de l’UEMOA, la nationalité la plus représentée (près de 72%) est bien-sûr la nationalité sénégalaise, qui reste toutefois très concentrée au Sénégal. Viennent ensuite les pêcheurs de nationalité ghanéenne, qui sont déployés dans plusieurs pays de l’UEMOA, avec des effectifs dominants en Côte d’Ivoire (84%) et assez nombreux au Bénin et au Togo. Dans ces deux derniers pays, les pêcheurs se déclarant « nationaux » sont toutefois majoritaires (plus de ¾ des pêcheurs) même si l’on sait qu’une partie importante d’entre eux sont d’origine étrangère et plus particulièrement ghanéenne. En Guinée Bissau, les pêcheurs nationaux sont également majoritaires (92,7%), côtoyés par des étrangers qui apparaissent en petit nombre mais qui ont peut-être été sous-estimés. Finalement, la Côte d’Ivoire fait exception avec près de 90% de pêcheurs se déclarant étrangers (ghanéens pour la plupart) et à peine plus de 10% de pêcheurs nationaux.

2- Rapports à la profession de pêcheur

Pourcentage de membres d'équipage qui ne travaillent que dans la pêche


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Pour les pêcheurs des 5 pays, la fréquence de la poly-activité, c’est-à-dire la fréquence du recours à l’exercice d’activités autres que la pêche (ex. : agriculture, commerce) n’est jamais dominante. Elle oscille souvent autour de 20%, avec des taux un peu plus élevés en Guinée Bissau (38,6%) et un peu plus faibles (15%) en Côte d’Ivoire. Dans ce dernier cas, la fréquence du statut d’étranger explique vraisemblablement une difficulté d’accès à la terre pour la plupart des pêcheurs. Notons cependant que la fréquence de la poly-activité est globalement bien moindre pour les pêches artisanales maritimes que pour le cas des pêches continentales (le taux de poly-activité y était de 73,4%, selon l’EC UEMOA 2012). Ceci peut s’expliquer par le caractère accaparant du métier de pêcheur marin ou peut-être aussi par la relative rareté des terres disponibles en zone côtière.

L’expression du souhait de voir les enfants continuer à travailler dans le secteur de la pêche est minoritaire dans la population des chefs de ménages (CM) pêcheurs des 5 pays. Ceci montre la forte conscience de la difficulté du métier et peut-être d’un risque pesant sur l’avenir de l’activité. Le taux de CM « pro-pêche » est ainsi partout inférieur à 20%, sauf au Sénégal où il atteint 40%. L’existence dans ce pays d’un fort ancrage culturel dans la pêche chez plusieurs groupes d’origine (saint-louisiens, kayarois, nyominkhas. etc.).

Pourcentage de ménages qui voudraient voir les enfants à la pêche


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3- Conditions de logement et qualité de l’habitat

Type de logement du pêcheur enquêté


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Type d’hébergement des membres d’équipage (du point de vue social)

Il s’agit par cet indicateur de saisir l’ampleur de la population de pêcheurs vivant en statut d’hébergement hors de leur famille, soit dans des campements de jeunes soit en situation d’hébergement chez un tiers logeur. Les résultats montrent que la situation « hors famille » est minoritaire partout mais pas rare. Ainsi, dans les trois pays du Golfe de Guinée, c’est-à-dire au Bénin, au Togo et en Côte d’Ivoire, une proportion significative de pêcheurs (vraisemblablement des jeunes pour la plupart d’entre eux) ont une situation d’hébergement « hors de leur famille », soit respectivement 37,7%, 25,9% et 25,6%.

Statut d’occupation du logement

Pour les pêcheurs vivant dans leur ménage, le chef du ménage (CM) concerné a été interrogé sur le statut d’occupation du logement. La clarté de la question posée oblige à considérer les NSP (« ne sait pas ») et les réponses « autre » comme l’expression d’une gêne de la part du répondant, ce qui doit rapprocher ce type de réponse de la réponse « occupation sans titre ». A l’opposé, les trois réponses positives exprimant la propriété (« avec titre » ou « coutumière ») et la « location » peuvent être considérées comme des réponses claires et directes. Ainsi analysées, les réponses permettent de distinguer clairement les pays de la façade Ouest-Atlantique (Sénégal et Guinée Bissau) où les populations de pêcheurs sont majoritairement à l’aise, d’un point de vue social, dans leur situation de logement, alors que les trois pays du Golfe de Guinée voient la part des locataires et celle des réponses « gênées » augmentées. En particulier, la Côte d’Ivoire et le Togo montrent les plus faibles taux de pêcheurs propriétaires (respectivement 30,3% et 34,4%), ce qui doit être mis en corrélation avec l’importante part de pêcheurs d’origine étrangère (ghanéenne) qui sont présents dans ces deux pays.

Type de statut d'occupation du logement du ménage


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Qualité de l'habitat - Indicateur synthétique national (synthèse de 6 indicateurs)


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Les questions relatives à l’équipement de l’habitat des ménages où logent les pêcheurs (pour les pêcheurs vivant dans leur famille) ont conduit à la mise en évidence de contrastes entre des habitats qui sont majoritairement de bonne qualité et bien équipés (au Sénégal) et des habitats montrant de sérieux déficits dans l’accès à l’électricité (Guinée Bissau et Bénin), dans le manque de latrines (Bénin et Côte d’Ivoire) ou dans la qualité du sol lorsqu’il est « non dur » donc difficile à laver (Guinée Bissau, Bénin et Togo). Dans l’ensemble, la Guinée Bissau semble être le pays où les conditions d’habitat des pêcheurs sont les moins confortables.

4- Type et niveau d’éducation

Type d’instruction suivie par les pêcheurs

A la question sur le type d’école fréquentée par les pêcheurs dans leur enfance, les non réponses (« NSP ») ou les réponses « aucune » ont été confondues pour l’analyse. Il apparait que la Côte d’Ivoire présente un très faible taux de pêcheurs (18%) ayant suivi une quelconque scolarité, ce qui est probablement en relation avec la très forte proportion de pêcheurs étrangers dans ce pays. Le Sénégal est de son côté marqué par un taux assez élevé de déclaration d’une expérience scolaire (75%) avec une prédominance de l’école coranique. Dans les trois autres pays, ce taux varie de 50% à 70% avec une prédominance de l’enseignement en programme moderne.

Taux d’alphabétisation des pêcheurs

A la question concernant leur capacité à écrire, une petite moitié (48,4%) des pêcheurs artisans maritimes de l’ensemble de l’UEMOA répondent par l’affirmative. Ce taux est toutefois beaucoup moins élevé en Côte d’Ivoire (20,1%), ce qui corrobore les observations faites sur l’indicateur précédent (de la fréquentation scolaire). Il faut noter aussi le résultat un peu décevant du Sénégal (51,2%) qui ne retrouve pas ici sa première place observée en termes de fréquentation scolaire. Cela laisse supposer que l’Ecole Coranique n’entraine pas systématiquement l’acquisition de la capacité à écrire.

Education

Type d'instruction
des professionnels du secteur pêche


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Taux d'alphabétisation (écriture) des professionnels de la pêche (personnes enquêtées)


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5- Sources de revenus et utilisation des revenus

Source des revenus des ménages par rang

Pour les sources de rang 1


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Pour les sources de rang 2


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Activités sources de revenus des ménages de pêcheurs

En affectant un coefficient de poids 1 à l’activité principale déclarée et un coefficient de poids 0,5 à la seconde activité, on peut obtenir des scores de contribution relative aux revenus qui peuvent être considérés comme des proxys des parts exactes que représentent les différentes activités dans les revenus des ménages pêcheurs de chaque pays. Il apparaît ainsi que, pour les ménages pêcheurs artisans maritimes des pays de l’UEMOA, la pêche et les autres activités du secteur pêche (transformation et commerce de poisson) génèrent l’essentiel des revenus. L’agriculture n’est présente de façon significative qu’au Sénégal et en Guinée Bissau, et elle est quasiment absente en Côte d’Ivoire. L’activité de capture (c’est-à-dire pêche sensu stricto) est déclarée par plus de 90% des ménages comme étant la première activité génératrice de revenus, sauf en Guinée Bissau où ce taux n’atteint que 51,7%.

Utilisation des revenus : poste de dépense déclaré comme « principal » par les ménages de pêcheurs

Pour la majorité des ménages pêcheurs, la principale utilisation des revenus est constituée par les dépenses du ménage (nourriture, habillement etc..). Les dépenses d’équipement et d’intrants faites pour l’activité de pêche ou les autres activités du secteur pêche viennent en second lieu.

Utilisation des revenus des ménages pour le rang 1


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Productions

Sur la base des données de l’enquête cadre, la capture totale annuelle débarquée de la pêche artisanale maritime peut être évaluée à 579 639 tonnes dans les cinq pays côtiers de l’UEMOA, avec un intervalle de confiance (à 95 %) allant de 435 627 tonnes à 723 651 tonnes. La large incertitude entourant l’estimation pour l’ensemble de l’UEMOA (comme pour chacun des pays) est due au fait que la méthode de l’enquête cadre, à passage unique et basée sur des données déclaratives, ne peut pas constituer, à elle seule, une approche idéale pour estimer la production. Des détails sur l’évaluation de l’incertitude sont fournis en Annexe 3.

Malgré ces incertitudes, on note la prépondérance du Sénégal, qui représente près de 85 % de la production de la pêche artisanale maritime des pays de l’UEMOA. La Côte d’Ivoire et la Guinée Bissau suivent par ordre d’importance.

La production totale de la pêche artisanale maritime dans l’UEMOA apparaît sensiblement supérieure à celle de la pêche continentale (qui était plutôt de 300 000 à 330 000 tonnes en 2012) mais cela est due à la seule production Sénégalaise (et dans une moindre mesure à celle de la Guinée Bissau). Pour les autres pays, la production continentale et lagunaire est soit équivalente (en Côte d’Ivoire) soit largement supérieure à celle de la pêche artisanale maritime.

Estimation de la production (en tonnes) pour chacun des 5 pays côtiers de l'UEMOA

Estim. Production
(tonnes)
% du total, par paysEcart-type d’estimationBornes de l’intervalle
de confiance (à 95 %)
Bénin
111441.9989920613082
Côte d’Ivoire
400916.927743465445 528
Guinée Bissau
286564.916632539731915
Sénégal
49222684.9492226348372636080
Togo
75221.360363408704
Ensemble UEMOA
57963910073475435627723651

Eléments de synthèse

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1- Poids de la pêche maritime dans l’UEMOA

Avec une production totale estimée à près d’un demi-million de tonnes de produits (précisément entre 436 000 et 724 000 t), un nombre de pêcheurs estimés à 92 600 personnes et un nombre de personnes vivants dans les ménages de pêcheurs approchant les 700 000 personnes physiques, soit près de 1,4 % de la population, le sous-secteur de la pêche artisanale maritime apparaît comme un élément non négligeable dans l’économie des cinq Etats maritimes de la zone UEMOA. Sachant, rappelons-le, que l’estimation concerne ici uniquement la composante capture de cette activité et ne comprend pas les emplois générés par les activités post-capture (mareyage, transformation …).

Quant à la contribution de la production de ce sous-secteur à la satisfaction des besoins en consommation de poisson des pays maritimes dans la zone UEMOA, elle peut être évaluée à 66 % (Tableau 12) au niveau global avec deux pays excédentaires, qui sont le Sénégal et la Guinée Bissau, et trois pays déficitaires qui sont le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Togo soit respectivement les pays de la côte ouest africaine et ceux du golfe de Guinée.

La production de la pêche artisanale maritime face aux consommations de poissons apparentes connues (données FAOSTAT 2011) ou aux besoins recalculés sur la base d’un disponible ‘souhaitable’ de 15 kg /habitant et par an – en référence à la consommation moyenne de poisson dans les pays en développement dans le monde, qui était évaluée à 14,4 kg par habitant en 2005 (FAO).

Population (milliers d'habitants)Production pêche artisanale maritime Productions pêches artisanales UEMOA par pays en % Disponibilité (Kg/an/hab)Besoins totaux en T (A) Contribution pêche artisanale maritime par rapport à A(%) Besoins totaux en T (sur une base de 15kg/an en disponibilité souhaitable (B) Contibution pêche artisanale par rapport à B (%)
Bénin
9.78111441.913.61330088.41467007.6
Côte d’Ivoire
19.39400916.918.135095911.429085013.8
Guinée Bissau
1.62286564.91.219481470.424360117.6
Sénégal
13.3149222684.923.5312785157.4199650246.5
Togo
6.4775221.312.3796069.4970807.7
UEMOA
50.65796391008783066675864076.4
Source
FAOSTAT(2011)UEMOA(2014)UEMOA(2014)FAOSTAT(2011)FAO

Hormis ces deux pays excédentaires, ces chiffres montrent donc les limites du potentiel d’apport productif de ce sous-secteur artisanal maritime surtout si l’on considère la croissance démographique régionale qui reste très soutenue (2,5% à 3,1% par an). Ainsi, parmi les Etats côtiers de l’UEMOA, on doit considérer que les Etats du Golfe de Guinée seront de plus en plus en situation de déficit de ‘protéines-poisson’ et, plus généralement, de protéines animales. Ils seront donc contraints de recourir à des importations croissantes de poisson marin congelé – comme ils ont déjà commencé à le faire. Seul un développement massif de l’aquaculture pourrait rééquilibrer (en partie) ce déficit.

2- Grands chiffres et ratios structurels de la pêche maritime

L’enquête cadre UEMOA 2014 sur la pêche artisanale maritime dans les 5 pays côtiers de la zone UEMOA fait apparaître un certain nombre de résultats majeurs qui peuvent être comparés au reste du monde. Pour faciliter ce travail de comparaison, une série de grands chiffres statistiques et de ratios sont présentés (Tableau 13).

Les estimations produites concernant le total des captures débarquées montre que la zone UEMOA représente environ 2,1 % du total des pêches artisanales maritimes mondiales. En termes d’emplois dans la capture, c’est-à-dire de nombre de pêcheurs, le ratio UEMOA/reste du monde fait apparaître un chiffre plus faible (0,7 %), ce qui dénote une productivité moyenne par pêcheur plus élevée dans l’UEMOA (6,26 t/an par pêcheur) qu’au niveau de l’agrégat mondial (2,15 t/an). Mais cet écart est presque entièrement dû à la très forte productivité des pêcheurs artisans sénégalais (7,22 t/an) et bissau-guinéens, alors que les ratios de productivité observés dans le trois pays du golfe de Guinée s’écartent peu de la moyenne mondiale.

Il faut noter ici que les statistiques agrégées ‘mondiales’ des pêches artisanales dans les pays en développement sont constituées en premier lieu par les chiffres des pays asiatiques où les situations de forte surexploitation sont généralisées, avec corrélativement des productivités par pêcheur qui sont faibles.

En utilisant les chiffres d’affaire moyens déclarés par type de sorties et les contributions des types de sorties aux quantités totales débarquées par pays, il est possible d’évaluer (i) les valeurs (CA) totales des quantités débarquées par pays et (ii) les valeurs moyennes unitaires (prix par kg ou tonne). Concernant le premier de ces deux indicateurs, il apparaît que les pays de fortes valeurs débarquées sont simplement ceux de plus grande production, à savoir le Sénégal suivi de la Côte d’Ivoire. Cependant, l’examen du second indicateur montre un certain correctif à la hausse pour les pays du golfe de Guinée, avec des valeurs unitaires moyennes sensiblement plus fortes, vraisemblablement liées à une plus grande importance des poissons à forte valeur commerciale (espèces démersales) et à une moindre importance des filières massives de transformation des petits pélagiques. Notons aussi que le prix unitaire des débarquements dans un pays comme le Sénégal est proche du prix unitaire d’échange des produits « petit pélagique congelé » (ex. : carton de chinchard) sur le marché mondial, soit 1 000 USD/t.

En termes de comparaisons mondiales, la valeur annuelle débarquée par la pêche artisanale maritime des pays de l’UEMOA pourrait représenter (sur la base des données de la présente enquête) environ 353,5 milliards de F CFA, c’est-à-dire 673,3 millions dollars USD, soit 2,4 % de la valeur totale débarquée par le même type de pêcheries artisanales à l’échelle mondiale.

Notons enfin que, au sein de l’UEMOA, le ratio de valeur débarquée par rapport à la pêche artisanale continentale (voir rapport UEMOA 2013) serait de 2,7 en faveur de la pêche artisanale maritime. Il faut souligner ici que les effectifs professionnels impliqués dans les activités post-capture n’ont pas pu être estimés compte tenu de la méthode d’enquête choisie qui utilise l’unité de pêche comme point d’entrée et qui ne permet d’accéder qu’à un échantillon de ménages directement associés à des membres d’équipage. Pour les mêmes raisons, le taux de féminité dans le secteur pêche artisanale maritime n’a pas été estimé par notre enquête.

Grands chiffres et ratios caractéristiques de la pêche artisanale maritime dans les E.M. côtiers de l’UEMOA et comparaison avec les grands chiffres et ratios de même signification dans le reste du monde.

BéninCôte d’Ivoire
Guinée Bissau
Sénégal
Togo
UEMOA
Etude WFC/FAO/BM (2010) Part UEMOA par rapport aux Ped
Capture débarquée (T/an)
111444009128656492226752257963928 000 0002.07%
Nombre d'implication dans l'activité de capture
43051100264756817526409259713 000 0000.71%
Nombre d'implication dans la capture par tonnes de poisson capturé
0.390.270.230.140.350.160.46
Nombre d'implication dans post-capture
Non estiméNon estiméNon estiméNon estiméNon estiméNon estimé
Gain total dans la capture (en millions USD)
32.164.732.7530.813673.328 0002.4%
Gain dans la capture/tonnes de poisson capturé (USD/T)
2881161411421078172411621000
Capture (T) par pêcheurs
2.593.644.437.222.856.262.15

3- Conditions de vie et insertion sociale des pêcheurs

A partir des données de la présente enquête cadre UEMOA 2014 sur la pêche artisanale maritime, il est possible de rassembler des éléments pour apprécier les conditions de vie et l’insertion sociale des pêcheurs en regard de la population générale. On peut utiliser pour ce faire des indicateurs tels que le taux d’alphabétisation des adultes et le taux d’accès amélioré à l’eau.

Ainsi, les données collectées dans l’enquête cadre UEMOA 2014 sur la pêche artisanale maritime renseignent sur le taux d’alphabétisme, c’est-à-dire le taux de présence de la compétence de lecture et écriture chez les pêcheurs artisans maritimes. Les taux enregistrés d’alphabétisation peuvent être comparés aux chiffres fournis par l’UNESCO qui est l’organisme en charge de cet indicateur au niveau mondial. On comparera ainsi le taux UEMOA 2014 chez les pêcheurs des équipages, tous masculins, aux taux nationaux chez les adultes (Hommes et Femmes considérés séparément) publiés dans le rapport EPT de l’UNESCO (2014), pour les mêmes pays.

Comparaison taux des taux d’alphabétisme des pêcheurs à la population générale comparable (UNESCO, 2014)

Taux d’alphabétisme chez les pêcheurs des équipages (E.C. UEMOA-2014) (a)
Taux d’alphabétisme adulte (15 ans et +) Sources : enquêtes entre 2005 et 2011 (UNESCO, 2014)
Taux d’alphabétisme adulte (15 ans et +) Projection 2015 (UNESCO, 2014)
Ecart(a) – (b)
HommesFemmesHommesFemmes
Bénin
45.241185027-4.8
Côte d’Ivoire
20.166486751-46.9
Guinée Bissau
66.269427248-5.8
Sénégal
51.262396947-17.8
Togo
56.574487855-21.5

L’examen des chiffres du tableau montre un déficit d’alphabétisme systématique des pêcheurs en regard de la population comparable des hommes adultes. Ce déficit peut être considéré comme assez modeste et peu significatif au Bénin et en Guinée Bissau (surtout dans la mesure où on aurait considéré la donnée UNESCO ancienne et non la valeur projetée pour 2015). Mais ce déficit d’alphabétisme est significatif au Sénégal, conséquence possible du recours à l’Ecole coranique ou bien effet du « mode de vie pêcheur ». Le déficit d’alphabétisme chez les pêcheurs est encore plus marqué au Togo et en Côte d’Ivoire. Dans ces deux derniers pays, c’est l’origine étrangère de la population de pêcheurs qui a sans doute joué en défaveur de leur alphabétisation, et c’est bien en Côte d’Ivoire que le phénomène est le plus accentué, là où tous les indicateurs montrent que l’intégration des pêcheurs étrangers (ghanéens) au pays d’accueil ne se fait pas.

Un autre angle d’approche pour apprécier l’insertion sociale des pêcheurs est de comparer leurs conditions de vie à celle de la population générale des mêmes pays. Pour ce faire, il convient d’examiner le taux d’accès amélioré à l’eau, un indicateur international reconnu

Taux d’accès amélioré à l’eau (EC pêche maritime UEMOA), c’est-à-dire par puit/forage ou par robinet sur place ou dans le village) Taux d’accès amélioré à l’Eau Zone rurale (BCEA0, 2010) Taux d’accès amélioré à l’Eau– popul. globale (OMS-ONU, 2015)
Bénin
966878
Côte d’Ivoire
906882
Guinée Bissau
865379
Sénégal
945679
Togo
974063


L’examen de cet indicateur montre des taux élevés d’accès amélioré à l’eau chez les pêcheurs artisans maritimes des pays de l’UEMOA. En comparaison avec les populations rurales et avec les populations globales des mêmes pays, l’écart est toujours en faveur des pêcheurs. Cela est probablement dû à des facteurs géographiques, liés à au positionnement littoral (zone à forte densité humaine) voire semi-urbain des ménages pêcheurs artisans maritimes, plutôt qu’à leur situation professionnelle. En conclusion, pour ce qui concerne l’accès à l’eau, les pêcheurs artisans maritimes ne vivent pas dans des conditions soulevant des préoccupations particulières en regard des autres fractions de populations de leurs pays respectifs.

L’examen de ces indicateurs montre que la situation sociale des pêcheurs artisans maritimes est contrastée et peut s’apprécier différemment selon les indicateurs considérés. Ainsi, la situation des pêcheurs en termes de scolarisation est moins bonne que leur situation en termes d’habitat, et ceci doit être pris en compte dans la définition des priorités des politiques publiques.

4- Contrastes inter-EM des profils de la pêche maritime

L’analyse de l’ensemble des résultats obtenus par l’enquête pêche artisanale maritime fait ressortir des profils de ce sous-secteur assez contrastés. Ainsi, on distingue d’emblée deux principaux groupes de pays avec, d’une part, les pays bordant la côte ouest africaine avec le Sénégal et la Guinée Bissau, et, d’autre part, les pays bordant le golfe de Guinée avec la Côte d’ivoire, le Togo et le Bénin.

Le Sénégal et la Guinée Bissau se distinguent en effet par plusieurs caractères communs et marquants avec, en tout premier lieu, l’importance de leur parc piroguier qui, à eux deux, représentent 85 % du parc piroguier maritime de la zone UEMOA. Ce parc piroguier est en outre, dans ces pays, plutôt récent et se répartit dans un grand nombre de sites de débarquements (> 130), abritant chacun le plus couramment un nombre significatif de pirogues, plusieurs dizaines, voire très important comme au Sénégal où des sites abritent plus d’un millier de pirogues. La pêche est ici mise en œuvre toute l’année à l’exception de quelques mois (juin à octobre) durant la période d’hivernage qui caractérise cette région sahélienne. Dans ces deux pays, la production estimée conjointe de ce sous-secteur est importante (520 000 t) avec des productions par pêcheur parmi les plus élevées de la région UEMOA (4-7 t/pêcheur.an). Cette production est excédentaire par rapport aux besoins des pays sur la base d’un minimum souhaitable de 15 kg/hab.an.

Les populations de pêcheurs du Sénégal et de la Guinée Bissau sont les plus nombreuses et représentent 80 % des pêcheurs de la zone UEMOA. Ce sont, en très grande majorité, des ressortissants nationaux qui vivent dans des ménages constitués de plus de 10 personnes en moyenne. Ces ménages sont bien intégrés sur le plan local et disposent d’un logement sécurisé. Le taux d’éducation primaire des pêcheurs est relativement élevé (supérieur à 70 %) par rapport à la moyenne des 5 pays côtiers de l’étude avec en conséquence des taux d’alphabétisation relativement élevés par rapport aux autres pays.

En comparaison du Sénégal qui constitue, de très loin, le poids lourd de la pêche artisanale maritime de toute la région UEMOA, la Guinée Bissau se distingue par le caractère plus modeste et plus « archaïque » de ses activités de pêche qui sont mises en œuvre à l’aide de pirogues monoxyles de taille modeste et souvent mues uniquement à la voile et à la pagaie (taux de motorisation de 22.5 % contre 90.5 % au Sénégal). Ces pirogues disposent d’équipage moins nombreux et la population totale de pêcheurs est donc beaucoup plus réduite dans ce pays. La pêche est aussi fortement marquée par le caractère estuarien de la zone littorale de ce pays et on y rencontre des techniques de pêche et des espèces cibles qui lui sont propres. Enfin en Guinée Bissau, comme dans l’extrême sud du Sénégal, l’agriculture est souvent pratiquée comme activité secondaire en période d’hivernage.

On notera que ces deux pays correspondent historiquement à deux foyers de l’activité maritime ouest africaine, la Sénégambie et les îles Bijagos (Chauveau, 1986). Ils disposent donc d’une longue tradition maritime ce qui les démarque significativement des trois autres pays du golfe de Guinée, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo qui disposent de leur côté d’un profil de pêche artisanale maritime sensiblement différent.

La pêche artisanale maritime au sein de ces trois pays ne représente, en effet, que 15 % des pirogues recensées et est mise en œuvre à partir de sites beaucoup moins nombreux (en particulier au Togo et au Bénin du fait d’un linéaire côtier réduit) et, surtout, ces sites abritent le plus souvent une dizaine de pirogues. Le parc piroguier de ces trois pays n’est pas très récent et semble même avoir du mal à se renouveler comme au Bénin. Il est surtout constitué de grandes pirogues monoxyles améliorées (pirogue de type ghanéenne) avec des moteurs puissants (40 cv) et servant à la pêche à la senne tournante ciblant les petits pélagiques côtiers. L’importance relative (> 5% des engins) des sennes de plage est aussi une particularité de ce groupe de pays du Golfe. Les activités de pêche sont fortement impactées par la présence du phénomène de barre qui est signalée comme un frein à l’activité et est à l’origine d’accidents. La pêche est saisonnière avec une baisse importante des sorties de février à juin et une forte activité pendant la saison de l’upwelling ivoiro-ghanéen (juin à octobre). La production estimée de la pêche artisanale maritime (59 000 t) est largement déficitaire par rapport aux besoins de ces pays sur la base d’un minimum souhaitable de 15 kg/hab.an. Les productions par pêcheur dans ces trois pays sont les plus faibles de la zone UEMOA et sont inférieurs à 4 t/pêcheur.an.

Les populations de pêcheurs de Côte d’Ivoire, du Togo et du Bénin représentent un peu moins de 20 % des pêcheurs de la zone UEMOA. Ce sont en grande majorité des pêcheurs vivant dans des ménages constitués de moins de 8 personnes en moyenne, soit dans des ménages moins nombreux que ceux des deux pays précédents. Ces pêcheurs sont en grande partie d’origine ghanéenne avec une différence importante entre la Côte d’Ivoire où ils restent identifiés comme ghanéens et au Togo et au Bénin où ils sont nombreux, semble-t-il, à avoir acquis la nationalité du pays où bien se déclarer comme tel.

Cette importance des pêcheurs d’origine étrangère à plusieurs conséquences qui apparaissent nettement dans les résultats de l’enquête relativement au taux d’éducation primaire qui est particulièrement faible d’une façon générale mais l’est surtout en Côte d’Ivoire. L’importance des étrangers semblent aussi impacter les conditions de logement de ces ménages qui semblent peu assurés de stabilité.

Avec une production totale estimée à près d’un demi-million de tonnes de produits (précisément entre 436 000 et 724 000 t), un nombre de pêcheurs estimés à 92 600 personnes et un nombre de personnes vivants dans les ménages de pêcheurs approchant les 700 000 personnes physiques, soit près de 1,4 % de la population, le sous-secteur de la pêche artisanale maritime apparaît comme un élément non négligeable dans l’économie des cinq Etats maritimes de la zone UEMOA.

Pour conclure, quelques éléments thématiques méritent d’être mis en avant :



La réalisation de l’enquête cadre pêche artisanale maritime UEMOA 2014 a conduit à tirer un certain nombre d’enseignements méthodologiques qu’il convient de décrire ici. Tout d’abord, il faut noter que la démarche statistique utilisée était relativement conventionnelle pour une enquête cadre de pêche artisanale maritime, avec une approche exhaustive sur les sites, un recensement des unités de pêches puis une enquête sur échantillon de celles-ci. Le dernier module faisait toutefois preuve d’originalité, avec le recours à l’échantillonnage raisonné pour tirer un pêcheur parmi les membres d’équipage et aller chercher ensuite le ménage « derrière » le pêcheur sélectionné. C’est cette approche qui a permis d’obtenir des informations relatives au ménage pêcheur, aussi bien sur les aspects économiques que sociaux, avec un certain contrôle de la représentativité, ce qui est peu souvent réalisé dans les enquêtes cadres conventionnelles en PA maritime. Précisons que la gestion de la coexistence dans une même opération statistique des techniques d’échantillonnage probabiliste et des techniques d’échantillonnage raisonné, avec l’utilisation de procédures de traitement distinctes, adaptées à chaque cas, était en soi un défi.

Cependant, une telle enquête cadre ne pouvait couvrir la totalité des sites et acteurs de la composante post-capture du secteur, dans la mesure où les sites de la transformation peuvent se distinguer des sites de débarquement et que les acteurs post-capture (par exemple les transformateurs) ne sont pas nécessairement tous membres de ménages pêcheurs. Seuls des modules d’enquête supplémentaires spécifiques, et donc un travail beaucoup plus lourd, auraient pu permettre de couvrir ces aspects. Il faudrait réfléchir à l’avenir à déployer ce genre d’enquête sur la composante post-capture, mais en le faisant de préférence de façon totalement séparée (dans le temps), pour des raisons logistiques.

Il faut noter par ailleurs que la méthode de l’enquête cadre pêche artisanale maritime UEMOA était quasi-strictement la même pour les 5 pays côtiers de l’UEMOA, avec pour seule modulation le taux d’échantillonnage des unités de pêche dans les listes exhaustives d’unités établies. Cela était nécessaire pour tenir compte du très grand parc piroguier (dépassant le millier) que l’on peut trouver dans les grands sites de certains pays.

L’homogénéité de la méthode a permis le développement de procédures communes, notamment au niveau informatique, et donc l’application d’un traitement relativement rapide qui a abouti à la création de cinq bases de données nationales et à l’alimentation d’une base de données régionale permettant une analyse à l’échelle de l’UEMOA. La création des indicateurs et leur mise en forme autour d’un site web (atlas en ligne) commun a aussi permis de partager totalement la démarche d’analyse de ces données, que ce soit entre les Etats membres eux même ou entre l’UEMOA et les Etats membres. Ce partage a permis une interaction entre les experts nationaux et internationaux pour une meilleure compréhension et gestion des données récoltées.

En savoir plus

Bouju S. et P. Chavance. 1999. La pêche artisanale : histoire, structure, fonctionnement et dynamique : 2. Embarcations et engins de la pêche artisanale. In La pêche côtière en Guinée : ressources et exploitation, 233‑55. IRD Editions, Paris.

Chauveau J.P. 1986. Une histoire maritime africaine est-elle possible ? Historiographie et histoire de la navigation et de la pêche africaines à la côte occidentale depuis le XVe siècle. Cahiers d’Études Africaines 26 (101/102): 173‑235.

Cormier-Salem M. C. 1999. Rivières du Sud: sociétés et mangroves ouest-africaines. Vol. 1. IRD Editions.

Cury P. et C. Roy. 2002. Environmental forcing and fisheries resources in Côte d’Ivoire and Ghana: Did something happen? In Large Marine Ecosystems, édité par Philippe Cury Jacqueline M. McGlade Kwame A. Koranteng and Nicholas J. Hardman-Mountford. The Gulf of Guinea Large Marine Ecosystem Environmental Forcing & Sustainable Development of Marine Resources. Elsevier.

Durand J. R. 1994. Environnement et ressources aquatiques de Côte-d’Ivoire: Les milieux lagunaires. Tome 2. Vol. 2. IRD Editions.

UNESCO (2014) : Rapport Mondial de suivi sur l’EPT (Education Pour Tous). 11eme édition. 443 pp.

OMS-ONU (2015) : Programme conjoint de mesure (JMP) de l'Organisation mondiale de la santé et du Fonds des Nations de l'ONU pour l'enfance (http://www.wssinfo.org/).

UEMOA (2013) : Atlas UEMOA de la pêche continentale. Programme régional de renforcement de la collecte des données statistiques des pêches dans les Etats membres et de création d'une base de données régionale- © 2013. http://atlas.statpeche-uemoa.org/atlas_uemoa/

UEMOA (2016) : Atlas UEMOA de la pêche artisanale maritime. Programme régional de renforcement de la collecte des données statistiques des pêches dans les Etats membres et de création d'une base de données régionale- © 2016. http://atlas.statpeche-uemoa.org/

Citation :

Fiche Enquête cadre pêche continentale,

UEMOA (2014) : Atlas UEMOA des pêcheries maritimes artisanales de l'UEMOA. Programme régional de renforcement de la collecte des données statistiques des pêches dans les Etats membres - © 2015. http://atlas.statpeche-uemoa.org/atlas_ecpma/

Coordination générale : Maria Luisa Ferreira, Directeur des Ressources Animales et Halieutiques, Département de la Sécurité Alimentaire, de l’Agriculture,des Mines et de l’Environnement  ( DSAME), Diegane NDONG, Chargé des Ressources Halieutiques

Système d’information et équipe d’experts d’appui : Jérôme Guitton, Pierre Morand, Pierre Chavance, Carole Escaravage, Mohamed Soumah et Nolwenn Cozannet

Fiche expertisée par: Pierre Chavance, Nolwenn Cozannet, Jerome Guitton, Pierre Morand, Carole Escaravage